"C’était ça ou mourir", de Thélyson Orélien, écrit avec l’IA ? Ses accusateurs s'expliquent
La lourde accusation est partie d'un compte X confidentiel : le roman phare de la rentrée aurait été écrit "presque intégralement" avec de l'IA. Nous avons échangé avec le collectif de cinq personnes qui dit se baser sur l'outil Pangram.
Un compte anonyme sur la plateforme X (anciennement Twitter), actif depuis juin 2026 et certifié, a accusé le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien d’avoir été écrit « presque intégralement » avec une intelligence artificielle (IA). Ce compte, suivi par 92 abonnés à sa création, a partagé des captures d’écran et des analyses réalisées avec l’outil Pangram, un détecteur d’IA. Le roman, déjà vendu à 35 000 exemplaires, serait selon eux le résultat d’une utilisation massive de l’IA. Les accusateurs ont également testé des textes écrits par Orélien en 2014 pour comparer, affirmant que ces derniers étaient à 100 % humains. L’accusation a été reprise et amplifiée, suscitant une vive polémique dans le monde littéraire.
L’outil Pangram est un détecteur d’IA développé à New York en 2023. Il revendique un taux de faux positifs très faible, soit seulement 24 000 erreurs sur 24 000 documents analysés. En août 2026, Pangram a levé 9 millions de dollars pour développer ses technologies. Cependant, son fiabilité est contestée : l’Agence France-Presse (AFP) a utilisé un outil de vérification co-créé avec elle pour analyser les passages du roman, concluant que ceux-ci avaient été « très probablement écrits par un humain ». De plus, sept autres détecteurs d’IA ont donné des résultats contradictoires, remettant en cause la validité de l’accusation initiale.
Les cinq membres du collectif à l’origine de l’accusation se présentent comme des lecteurs et internautes anonymes, sans lien avec l’édition ou une entreprise privée. Ils expliquent avoir utilisé Pangram car c’est, selon eux, le détecteur d’IA le plus fiable. Leur motivation principale est de dénoncer ce qu’ils perçoivent comme une « invasion de la bouillie-IA » dans les livres, craignant que l’IA ne remplace l’écriture humaine et n’affaiblisse l’effort intellectuel. Ils ont choisi d’analyser le roman d’Orélien car il était en lice pour des prix littéraires et que son style leur semblait particulièrement suspect. Le collectif, désormais suivi par plus de 5 000 abonnés, envisage d’étendre ses vérifications à d’autres œuvres.
Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien, a réagi dans un communiqué envoyé par les éditions Grasset. Il affirme avoir commencé l’écriture de C’était ça ou mourir à l’automne 2017 et terminé le premier jet en 2019. Orélien souligne qu’il s’inscrit dans une tradition littéraire haïtienne et caribéenne, marquée par la poésie, les images et le rythme, et rejette l’idée que ses procédés stylistiques puissent être attribués à l’IA. Il compare sa situation à celle de grands auteurs comme Aimé Césaire ou Jacques Stephen Alexis, dont le style a parfois été mal compris. Orélien remercie les lecteurs pour leur accueil et exprime sa confiance dans la réception de son œuvre, malgré les accusations.
Les éditions Grasset, qui publient le roman en France, ont réagi fermement contre les accusations. Elles qualifient ces propos de « malveillants » et soulignent que le livre est une création originale et puissante. Grasset se dit aux côtés de Thélyson Orélien, saluant son parcours exceptionnel et son travail poétique de vingt ans. La maison d’édition québécoise Boréal, qui a publié le roman au Canada au printemps 2026, n’a pas encore réagi publiquement dans l’article, mais son silence laisse supposer un soutien similaire. Les éditeurs rejettent toute idée d’utilisation de l’IA, insistant sur la liberté et l’authenticité de l’écriture d’Orélien.
Cette polémique s’inscrit dans un débat plus large sur l’utilisation de l’IA dans l’art et la littérature. Le roman *C’était ça ou mourir*, déjà un succès commercial avec 35 000 exemplaires vendus, est en lice pour plusieurs prix littéraires, ce qui a pu attiser les suspicions. L’affaire soulève des questions éthiques et professionnelles : jusqu’où peut-on utiliser l’IA dans la création artistique ? Comment distinguer une œuvre humaine d’une œuvre générée par une machine ? Ces interrogations divisent les auteurs, les éditeurs et le public, dans un contexte où l’IA devient de plus en plus accessible et performante.

