Se marier par procuration en temps de guerre, mieux vaut en rire
En 1915, se marier par procuration, c'est un mariage où le mari est absent et où un autre homme dit à sa place le "oui" rituel. Pendant la Première Guerre mondiale, cette pratique est mise en place en France par une loi d'avril 1915.
Le mariage par procuration est une union où l’un des époux, généralement le mari, est absent et représenté par une tierce personne pour prononcer le oui rituel à sa place. Cette pratique, autorisée en France par une loi d’avril 1915 pendant la Première Guerre mondiale, visait à permettre aux soldats mobilisés de se marier légalement malgré leur absence. Le marié absent pouvait ainsi officialiser son union sans avoir à quitter le front. Cette mesure, bien que légale, a donné lieu à des situations absurdes et cocasses, notamment lorsque les soldats obtenaient finalement une permission et devaient assister, en silence, à leur propre mariage. Le mariage par procuration a été réutilisé en 1939 et pendant la guerre d’Algérie, puis modernisé en Ukraine avec des mariages entièrement en ligne sur une plateforme numérique officielle pour les couples séparés par la guerre.
Les cérémonies de mariage par procuration ont souvent généré des situations ubuesques, voire comiques, qui ont été largement relayées par la presse de l’époque. Certains soldats, ayant obtenu l’autorisation de se marier à distance, ignoraient qu’ils pourraient finalement être présents le jour J. Ils se retrouvaient alors à assister, en silence et parfois malgré eux, à leur propre union. Ces scènes, où le marié était à la fois acteur et spectateur de son mariage, ont inspiré des productions culturelles humoristiques. Par exemple, en 1917, la bande dessinée Bécassine pendant la guerre met en scène un mariage par procuration qui tourne à la comédie en raison d’une erreur : la jeune Bretonne Bécassine se retrouve mariée à un garde champêtre, La Pipe, au lieu de l’homme attendu. Ces récits, bien que drôles, révèlent aussi les angoisses des soldats et des civils face à l’absence prolongée des hommes.
L’humour autour du mariage par procuration pendant la Première Guerre mondiale n’était pas anodin. Les productions culturelles (pièces de théâtre, romans-feuilletons, cartes postales) qui en parlaient visaient à faire rire, mais aussi à exprimer des angoisses profondes. Ces œuvres dénonçaient notamment la peur des soldats de l’arrière de se sentir oubliés par les femmes restées seules, ou encore l’angoisse de l’infidélité. L’humour servait alors de soupape pour gérer le stress et la séparation forcée. Clémentine Vidal-Naquet, professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Rouen-Normandie, souligne que ces productions subvertissaient aussi l’objectif initial de la loi, qui était de protéger les futures veuves et orphelins en légitimant les unions. Le rire, dans ce contexte, devenait une arme pour affronter la tragédie de la guerre.
Le mariage par procuration a suscité des réactions mitigées pendant la Grande Guerre. Bien que la loi de 1915 ait été votée dans l’urgence pour répondre à une situation exceptionnelle, son application a été critiquée pour sa lourdeur administrative et son caractère absurde. Les démarches complexes et les cérémonies déroutantes ont limité son succès. Pourtant, cette mesure a été réutilisée lors de conflits ultérieurs, comme en 1939 ou pendant la guerre d’Algérie, montrant que le besoin de formaliser les unions malgré la séparation persistait. En Ukraine, une approche encore plus moderne a été adoptée avec des mariages en ligne, illustrant l’évolution des pratiques sociales face aux contraintes géopolitiques. Ces exemples soulignent comment les sociétés s’adaptent aux réalités de la guerre pour préserver des liens humains essentiels.

