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Près du mur d’Hadrien, des latrines vieilles de 1 800 ans révèlent que les soldats romains étaient massivement contaminés par des parasites intestinaux

Science & Vie · mis à jour il y a 3 j

Les fouilles archéologiques à Vindolanda dévoilent une contamination parasitaire chez les soldats romains, mettant en lumière les défis sanitaires de l'époque. Cette découverte offre un aperçu des conditions de vie à la frontière de l'Empire romain, entre infrastructures avancées et problèmes d'hygiène persistants..

Découverte archéologique majeure

Des chercheurs des universités de Cambridge, de la Colombie-Britannique et d’Oxford ont analysé des sédiments vieux de 1 800 ans prélevés dans les latrines du fort romain de Vindolanda, situé près du mur d’Hadrien en Grande-Bretagne. Leur étude, publiée en 2025 dans la revue Parasitology, révèle la présence de parasites intestinaux chez les soldats et leurs familles. Ces résultats offrent un éclairage inédit sur les conditions sanitaires dans les garnisons romaines, loin des récits militaires traditionnels. Le fort de Vindolanda, actif au IIIᵉ siècle, abritait une communauté mixte composée de militaires, de femmes et d’enfants, ce qui a permis d’étudier l’impact des parasites sur l’ensemble de la population locale.

Trois parasites identifiés

Les analyses microscopiques et le test ELISA ont permis de détecter trois types de parasites dans les sédiments des latrines : le Ascaris (vers rond), présent dans 22 % des échantillons, le Trichuris (trichure), retrouvé dans 4 % des cas, et Giardia duodenalis, un protozoaire identifié pour la première fois en Grande-Bretagne grâce à cette étude. Ces parasites se transmettent par voie fécale-orale, c’est-à-dire par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par des excréments infectés. Leur présence indique une contamination fécale persistante dans l’environnement du fort, malgré les infrastructures de drainage sophistiquées mises en place par les Romains.

Modes de transmission

Les trois parasites identifiés partagent une voie de transmission commune : la voie fécale-orale. Ascaris lumbricoides, par exemple, pond jusqu’à 200 000 œufs par jour, qui peuvent rester infectieux pendant plusieurs années dans le sol. Une fois ingérés, ces œufs éclosent dans l’intestin grêle, provoquant des douleurs abdominales et des troubles digestifs. Trichuris trichiura (trichure), moins prolifique, est responsable de la trichocéphalose, une infection chronique entraînant fatigue et anémie. Giardia duodenalis, quant à lui, se transmet principalement par l’eau contaminée et provoque des diarrhées et des ballonnements. Ces parasites se propagent facilement dans un environnement de promiscuité, comme celui d’un fort militaire.

Population vulnérable

Le fort de Vindolanda n’était pas uniquement occupé par des soldats, mais aussi par des femmes, des enfants et des civils, comme en témoignent des artefacts archéologiques tels que des chaussures d’enfants et des bijoux féminins. Les enfants étaient particulièrement vulnérables aux infections parasitaires, qui pouvaient entraîner une déshydratation aiguë, des retards de croissance et un affaiblissement cognitif durable. Selon Piers Mitchell, spécialiste en paléoparasitologie, ces infections chroniques avaient des conséquences graves sur la santé des populations, notamment dans les régions où ces parasites étaient endémiques.

Prévalence élevée

Les concentrations d’œufs de parasites observées dans les sédiments de Vindolanda, pouvant atteindre 787 œufs de Trichuris par gramme, suggèrent une prévalence élevée des infections dans la population. Les chercheurs estiment que 10 à 40 % des individus dans l’Empire romain étaient infectés par des vers intestinaux, un taux cohérent avec les données de Vindolanda. Cette prévalence s’explique par les conditions de vie dans les garnisons, où la promiscuité et les infrastructures sanitaires, bien que sophistiquées, ne suffisaient pas à éliminer les risques de contamination fécale.

Comparaison avec d'autres sites

Le cas de Vindolanda n’est pas isolé : des analyses similaires menées sur d’autres sites militaires romains, comme Carnuntum en Autriche ou Viminacium en Serbie, révèlent systématiquement la présence d’Ascaris et de Trichuris. Cependant, peu de parasites plus complexes, comme les ténias ou les douves, ont été détectés. Cette homogénéité dans les types d’infections suggère que les conditions de vie dans les camps militaires favorisaient certaines transmissions parasitaires plus que d’autres. À Vindolanda, aucun parasite zoonotique (transmissible par les animaux) n’a été identifié, indiquant une contamination principalement humaine.

Ce que ça pourrait changer

L’étude de Vindolanda se distingue par sa méthode de prélèvement : les chercheurs ont analysé 58 échantillons de sédiments prélevés sur toute la longueur du drain des latrines, ce qui a permis de détecter des traces biologiques anciennes avec une grande précision. Cette approche offre une lecture fine des variations de contamination sur plusieurs siècles et permet de comprendre comment les flux d’eaux usées circulaient dans les installations romaines. Les différences de concentration d’œufs entre le drain du IIIᵉ siècle et les fossés du Ier siècle témoignent de la persistance des parasites dans le temps, malgré l’évolution des infrastructures.

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