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Géopolitique

La Chine a sauvé la junte birmane, et après ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 17 j

La Chine a établi un protectorat recalcitrant au Myanmar. Les généraux, ni capables, ni inféodés, rendent ce pari de plus en plus intenable.

Contexte birman en 2026

En juillet 2026, la Birmanie est plongée dans une crise multidimensionnelle cinq ans après le coup d’État militaire du 1er février 2021. Le général Min Aung Hlaing, à la tête de la junte, a organisé des élections en décembre 2025 et janvier 2026 pour légitimer son pouvoir, malgré l’absence de la figure démocratique Aung San Suu Kyi, toujours détenue, et l’interdiction de son parti. Le taux de participation officiel s’élève à 54%, un chiffre contesté car obtenu sous la menace de répression en cas d’abstention. Les élections ont permis à la junte de reprendre le contrôle après une période de recul face à une coalition de groupes révolutionnaires et ethniques armés. La situation humanitaire est critique : les aéroports de Rangoun, comme celui de la capitale Naypyidaw, sont en mauvais état, avec des infrastructures défaillantes et une pénurie généralisée de produits de première nécessité (médicaments, nourriture, carburant). Les files d’attente à l’immigration sont longues et anxiogènes, notamment pour les Birmans craignant d’apparaître sur les listes noires du régime, qui ciblent les dissidents, les familles de résistants ou les jeunes hommes en âge de servir sous les drapeaux.

Conscription forcée des jeunes

Depuis avril 2024, la junte birmane a réactivé une loi de conscription obligatoire pour les jeunes hommes âgés de 18 à 35 ans et les jeunes femmes de 18 à 27 ans, bien que cette mesure ne soit pas encore appliquée aux femmes. Les quotas de recrutement sont remplis par des méthodes brutales : les officiers arrêtent les jeunes aux checkpoints, sur les routes ou dans les aéroports, parfois en utilisant les services d’immigration. Les familles tentent de se protéger en corrompant les agents avec des billets de 10 000 kyats (équivalent à 2 €) glissés dans les passeports, une pratique courante mais risquée. La perspective d’être envoyé au front, où l’armée bombarde villages, cliniques et écoles, pousse des milliers de jeunes à fuir le pays ou à rejoindre les groupes de résistance. La conscription illustre la stratégie du régime pour maintenir son emprise malgré la guerre civile en cours.

Rôle clé de la Chine

La Chine a joué un rôle décisif dans le maintien de la junte birmane au pouvoir depuis 2024. Après une période d’attentisme suivant le coup d’État de 2021, Pékin est intervenu directement pour soutenir le général Min Aung Hlaing. En octobre 2023, la Chine a orchestré l’opération « 10/27 », une offensive menée par des groupes ethniques armés contre des centres d’arnaques en ligne situés à la frontière sino-birmane. Cette opération, marquée par l’usage de drones et une coopération militaire entre insurgés et jeunes révolutionnaires, a permis de démanteler des dizaines de ces centres et d’extrader vers la Chine les responsables impliqués, condamnés à mort en 2025. Face à l’effondrement imminent de la junte en 2024, la Chine a ensuite fait pression sur les groupes rebelles pour imposer un cessez-le-feu et un blocus frontalier, suspendant l’accès à la nourriture et aux équipements. Pékin a également utilisé son influence sur l’armée des Was, un groupe ethnique autonome, pour stopper les livraisons de munitions.

Relations Chine-Birmanie avant 2021

Avant le coup d’État de 2021, les relations entre la Chine et la Birmanie étaient marquées par une coopération économique étroite, notamment sous le gouvernement d’Aung San Suu Kyi (2016-2020). Cette dernière s’est rendue à plusieurs reprises en Chine et a rencontré le président Xi Jinping en 2016 et 2020, marquant un rapprochement diplomatique. Le commerce bilatéral a explosé, passant de 4 à 19 milliards de dollars entre 2010 et 2020, profitant aux entreprises chinoises spécialisées dans les infrastructures et les biens de consommation à bas coût. Un projet emblématique, le barrage hydroélectrique de Myitsone sur le fleuve Irrawaddy, avait été suspendu en 2011 par le gouvernement précédent, dirigé par d’anciens généraux, en raison des protestations des populations locales Kachin. Aung San Suu Kyi avait exprimé son intention de relancer ce projet, ce qui a renforcé les liens sino-birmans. La Chine voyait donc d’un mauvais œil le renversement de son partenaire privilégié en 2021.

Ce que ça pourrait changer

L’intervention directe de la Chine en 2024 a permis à la junte birmane de se maintenir au pouvoir et d’organiser des élections en 2025-2026, malgré une guerre civile qui semblait lui être défavorable. Les groupes révolutionnaires, divisés en une centaine de factions, sont désormais en position défensive, à court de munitions et incapables de rivaliser avec la puissance de feu de l’armée régulière. Un responsable des Forces de Défense du Peuple de Mandalay a déclaré début 2026 que les résistants sont « dans l’impossibilité de rivaliser » avec les moyens militaires de la junte. La Chine a également imposé un cessez-le-feu aux insurgés et rétabli un contrôle strict sur la frontière, limitant les mouvements de troupes et d’équipements. Cependant, cette stabilisation s’accompagne d’une répression accrue : les listes noires, la conscription forcée et la corruption généralisée illustrent un régime de plus en plus autoritaire, soutenu par Pékin pour préserver ses intérêts économiques et géopolitiques dans la région.

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