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Généraliste

À tout seigneur tout honneur avec nos kWh

Le Devoir · mis à jour il y a 5 h

L’heure n’est plus à la braderie pour les tarifs d’électricité des centres de données..

Centres de données gourmands

Les centres de données, qui hébergent les serveurs informatiques du monde numérique, consomment une quantité croissante d'électricité, mesurée en kilowattheures (kWh). En Amérique du Nord, leur demande en électricité pourrait augmenter de 133 % entre 2024 et 2030, principalement en raison de l'explosion des besoins liés à l'intelligence artificielle (IA). Ces infrastructures recherchent une électricité fiable, flexible, peu polluante et à un coût abordable. Le Québec, grâce à son hydroélectricité, représente une source d'énergie attractive pour ces acteurs, car elle répond à ces critères. Cependant, cette demande croissante soulève des questions sur la gestion des ressources énergétiques locales et leur répartition entre les différents secteurs économiques.

Proposition tarifaire d'Hydro-Québec

Hydro-Québec, la société d'État québécoise responsable de la production et de la distribution d'électricité, a proposé une nouvelle formule de tarification pour les centres de données. Actuellement, le tarif est de 6,5 cents par kWh, mais Hydro-Québec souhaite le doubler pour le porter à 13 cents par kWh. Cette augmentation reflète selon elle le coût réel de production de cette électricité. L'objectif est de protéger les autres clients d'Hydro-Québec, dont les tarifs pourraient subir une pression indue si les centres de données bénéficiaient de prix trop bas. Cette proposition vise à éviter une situation où les autres consommateurs subventionneraient indirectement cette industrie en pleine expansion.

Enjeux économiques et environnementaux

Le Québec dispose d'une ressource énergétique rare et précieuse : son hydroélectricité, produite grâce à ses barrages. Vendre cette électricité à bas prix ou à perte à des entreprises étrangères, notamment les géants du numérique comme les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), pose un problème de cohérence. Le Québec est en pleine transition énergétique et mise sur l'efficacité et la sobriété pour réduire son empreinte carbone. Une vente à bas prix de cette ressource pourrait compromettre ces objectifs. De plus, les centres de données consomment d'énormes quantités d'eau, une ressource déjà fragilisée au Québec, où plusieurs régions font face à des pénuries. Leur expansion pourrait aggraver cette situation.

Risques de dépendance et de monopole

Accueillir les centres de données avec des tarifs avantageux pourrait conduire à une dépendance économique envers ces acteurs, qui dominent déjà le paysage numérique mondial. Le Québec craint de perdre sa souveraineté culturelle et numérique en cédant aux exigences de ces entreprises. Par ailleurs, une tarification trop flexible ou volontaire pourrait créer une concurrence déloyale entre les clients locaux et ces géants, favorisant l'émergence de monopoles. Les experts soulignent la nécessité de mettre en place des garde-fous pour éviter que le Québec ne devienne un simple fournisseur de ressources pour des intérêts étrangers, au détriment de ses propres besoins et valeurs.

Modèle économique de l'IA en question

L'intelligence artificielle, et en particulier les centres de données qui la soutiennent, suscite des débats sur sa soutenabilité économique et environnementale. Aux États-Unis, les investissements prévus dans les centres de données d'IA entre 2025 et 2032 s'élèvent à 10 300 milliards de dollars, soit 3,6 % du PIB américain par an en moyenne. À titre de comparaison, la construction du réseau ferroviaire américain au XIXe siècle, un projet colossal, n'a jamais dépassé 2,2 % du PIB. Ces chiffres illustrent l'ampleur du pari économique que représente l'IA, un pari jugé risqué par de nombreux observateurs en raison de son impact potentiel sur d'autres modèles économiques et sur l'environnement.

Politiques fédérales et ressources naturelles

Le Canada, et plus particulièrement le Québec, fait face à des pressions pour exploiter ses ressources naturelles au profit des intérêts étrangers. Mark Carney, une figure influente en finance, est critiqué pour son approche qui, selon certains, rappelle les pratiques coloniales. Richard Poplak, dans un article du Globe and Mail, dénonce une logique où le Canada deviendrait un simple fournisseur de matières premières et d'énergie pour les grandes puissances économiques. Cette approche, qualifiée de carneyisme, pourrait conduire à une exploitation intensive des ressources québécoises, comme l'eau et le bois, au détriment des populations locales et des engagements climatiques du Québec.

Ce que ça pourrait changer

Face à la complexité des enjeux liés à l'exploitation de l'hydroélectricité et à l'accueil des centres de données, plusieurs acteurs québécois, dont la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, plaident pour une réflexion approfondie et collective. Un Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) est proposé pour évaluer les impacts économiques, sociaux, culturels et environnementaux de cette industrie. L'objectif est de disposer d'une vision claire et à long terme, afin d'éviter les décisions précipitées ou les ventes à bas prix de ressources stratégiques. Cette approche vise à garantir que les bénéfices de l'exploitation de l'hydroélectricité profitent à l'ensemble de la population québécoise, et non à une poignée d'acteurs étrangers.

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