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Qui se cachait derrière les lettres signées « Jack l’Éventreur » ?

The Conversation France · mis à jour il y a 18 j

La lettre « Dear Boss », signée par Jack l’Éventreur, fut adressée à la Central News Agency de Londres, le 27 septembre 1888, puis à la police de Scotland Yard. Wikimédia L’ESSENTIEL La signature du tueur en série Jack l’Éventreur est présente sur de nombreuses lettres envoyées à la police londonienne à la fin du XIXᵉ siècle .

Origine des lettres

Le 27 septembre 1888, une lettre signée Jack l’Éventreur est envoyée à la Central News Agency de Londres. Son auteur y revendique les meurtres de prostituées dans l’East End londonien et annonce de nouveaux crimes. Cette correspondance marque la première apparition du pseudonyme Jack l’Éventreur, qui deviendra emblématique. La lettre, écrite à l’encre rouge, est initialement considérée comme un canular. Cependant, après la découverte du corps de Catherine Eddowes le 30 septembre 1888, son authenticité est réévaluée. Un mois plus tard, une seconde lettre, From Hell, parvient au président d’un comité de vigilance, accompagnée d’un rein humain, renforçant la crédibilité de ces messages.

Volume des courriers

Entre 1888 et la fin de l’enquête, près de 350 lettres attribuées à Jack l’Éventreur sont recensées par la police et la presse. Cependant, seules quelques-unes, comme Dear Boss ou From Hell, sont considérées comme potentiellement authentiques. La majorité des autres courriers sont des faux, créés pour alimenter l’intérêt médiatique ou par simple curiosité. Cette profusion de lettres illustre l’effet pervers de la médiatisation de l’affaire, qui a encouragé des centaines de personnes à envoyer des revendications, souvent fantaisistes, pour se faire remarquer.

Analyse des écritures

L’analyse des écritures, appelée comparaison d’écritures, est une méthode scientifique utilisée pour déterminer si plusieurs documents ont été rédigés par la même personne. Contrairement à la graphologie, qui prétend interpréter la personnalité à travers l’écriture, cette technique se concentre sur les caractéristiques graphiques individuelles, comme la forme des lettres, leur inclinaison ou le rythme d’écriture. Au XIXe siècle, les écritures étaient plus standardisées qu’aujourd’hui, ce qui facilitait les comparaisons. Les experts étudient aussi les conditions de rédaction, comme l’instrument utilisé (stylo, machine à écrire) ou l’état de santé du scripteur, car ces facteurs influencent l’écriture.

Évolution des méthodes

Les techniques d’analyse des documents ont considérablement évolué depuis l’affaire Jack l’Éventreur. Aujourd’hui, les experts du Service national de police scientifique (SNPS) en France interviennent sur divers supports : lettres anonymes, documents dactylographiés ou sécurisés. Leur travail ne se limite pas à la comparaison d’écritures. Ils peuvent aussi authentifier un document, identifier l’origine d’un matériel d’impression ou révéler des mentions altérées. Les méthodes se sont professionnalisées avec des formations universitaires et des standards européens, sous l’égide du réseau ENFSI. Malgré ces avancées, les experts restent prudents dans leurs conclusions, comme le soulignait déjà Edmond Locard en 1920.

Motivations psychologiques

L’utilisation d’un pseudonyme comme Jack l’Éventreur permet à son auteur d’explorer des tendances agressives ou des fantasmes tout en réduisant sa responsabilité perçue. Ce mécanisme, appelé anonymat dissociatif, est aujourd’hui observable sur les plateformes en ligne, où des individus adoptent des comportements qu’ils n’oseraient pas afficher sous leur identité réelle. Certaines personnes cherchent aussi à attirer l’attention ou à s’identifier à une figure criminelle médiatisée, comme dans le cas de la pseudologia fantastica, où le sujet invente des récits fictifs élaborés. Ces comportements compliquent le travail des enquêteurs, car prouver l’innocence d’une personne peut être aussi difficile que prouver sa culpabilité.

Ce que ça pourrait changer

L’affaire *Jack l’Éventreur* a révélé comment les médias peuvent influencer une enquête criminelle. Deux journalistes londoniens ont admis avoir participé à la rédaction de certaines lettres pour maintenir l’intérêt du public et augmenter les ventes de journaux. Cette stratégie montre que les pseudos criminels peuvent être utilisés pour obtenir de la notoriété ou des gains économiques. Aujourd’hui encore, dans les affaires fortement médiatisées, la recherche d’informations exclusives ou de révélations sensationnelles peut brouiller la frontière entre enquête sérieuse et fascination pour le criminel, comme dans l’affaire *Xavier Dupont de Ligonnès*.

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