Réseaux sociaux, messageries instantanées et plateformes de streaming : de nouveaux vecteurs du financement du terrorisme ? Par Charlène Ngambi, Juriste.
Les réseaux sociaux, les messageries instantanées et les plateformes de streaming occupent une place croissante dans les usages numériques. Initialement conçus comme des espaces de communication et de diffusion de contenus, ces services intègrent désormais selon les cas, des fonctionnalités de monétisation, de dons, de paiement ou de transfert de valeur.
Les réseaux sociaux, messageries instantanées et plateformes de streaming intègrent désormais des outils financiers comme les paiements entre particuliers, les dons, les abonnements, la monétisation de contenus ou les portefeuilles d’actifs virtuels. Ces fonctionnalités, initialement conçues pour faciliter les échanges entre utilisateurs, peuvent aussi servir à solliciter, collecter ou transférer des fonds destinés à des activités terroristes. Par exemple, une campagne présentée comme humanitaire sur un réseau social peut être relayée dans des groupes privés via une messagerie chiffrée, puis exécutée via un prestataire de paiement ou un portefeuille virtuel. Le GAFI (Groupe d’Action Financière), dans son rapport du 26 juin 2026, souligne que ces schémas exploitent la complexité des chaînes de paiement, où chaque acteur (plateforme, prestataire financier, etc.) ne dispose pas toujours des mêmes informations sur l’opération. Le rapport distingue clairement ces usages financiers des autres activités numériques, comme la propagande ou le recrutement, qui ne constituent pas en soi du financement du terrorisme.
Les opérateurs de plateformes numériques ne sont pas automatiquement soumis aux obligations de lutte contre le financement du terrorisme, contrairement aux banques ou aux prestataires de services de paiement. Cependant, certaines de leurs fonctionnalités financières peuvent les y soumettre si elles remplissent des critères précis. Par exemple, une plateforme qui détient des fonds, propose des services de paiement ou gère des actifs virtuels peut être considérée comme une institution financière ou un prestataire de services sur actifs virtuels et donc être soumise aux standards du GAFI. Le rapport du 26 juin 2026 insiste sur la nécessité d’analyser le rôle effectif de chaque acteur : une plateforme qui se limite à héberger un contenu ou à mettre en relation des utilisateurs n’a pas les mêmes obligations qu’une plateforme qui contrôle directement les flux financiers. La qualification dépend donc des fonctions exercées et du droit national applicable. Les autorités sont invitées à clarifier ce cadre pour éviter que des activités à risque ne passent entre les mailles du filet.
Le financement du terrorisme ne se limite pas à une transaction isolée : il s’inscrit souvent dans un réseau complexe d’interactions numériques et financières. Le GAFI recommande de croiser les données financières (comme les identifiants de comptes ou les liens de paiement) avec des informations contextuelles issues des plateformes (comme les interactions entre utilisateurs ou les contenus partagés). Ce rapprochement permet de révéler des liens ou des schémas qui échapperaient à une analyse limitée aux seuls flux d’argent. Par exemple, un compte bancaire utilisé pour recevoir des dons pourrait être associé à un profil actif sur un réseau social propageant des messages extrémistes. Le rapport du 26 juin 2026 souligne l’importance d’une coopération entre cellules de renseignement financier, autorités judiciaires, superviseurs et acteurs privés pour partager ces informations, tout en respectant les règles de protection des données. Des mécanismes de préservation rapide des données sont aussi recommandés pour éviter leur suppression ou modification avant analyse.
Pour améliorer la détection des risques, le GAFI plaide pour des partenariats structurés entre les autorités et les acteurs privés, comme les plateformes numériques, les banques ou les prestataires de paiement. Ces collaborations permettraient de partager des typologies de risques, des indicateurs d’alerte et des signaux suspects, tout en garantissant la sécurité et la traçabilité des échanges. Par exemple, une banque pourrait signaler une transaction inhabituelle à une plateforme, qui à son tour identifierait un compte ou un contenu suspect. Le rapport du **26 juin 2026** insiste sur la nécessité de respecter les règles de confidentialité et de proportionnalité, mais aussi sur l’efficacité de ces dispositifs pour perturber les réseaux de financement du terrorisme. Ces partenariats ne remplacent pas les obligations légales existantes, mais ils optimisent leur application en combinant les forces des différents acteurs.

