Le nouveau test de français pour les futurs profs se fait toujours attendre
Annoncée il y a quatre ans, la nouvelle version ne sera pas implantée avant 2027..
Le ministère de l’Éducation du Québec a annoncé en 2023 une réforme du TECFÉE (Test de certification en français écrit pour l’enseignement), un examen obligatoire pour obtenir le brevet d’enseignement. Initialement prévu pour la rentrée 2026, ce nouvel examen n’a toujours pas été mis en place. Un échéancier d’implantation sera établi en 2027. Contrairement à une recommandation d’un groupe d’experts, le gouvernement a décidé de ne pas autoriser l’utilisation d’un logiciel de correction lors de la passation du test. Le TECFÉE, en place depuis plus de 15 ans, a été critiqué pour son approche jugée trop axée sur la mémorisation inutile d’exceptions grammaticales et de vocabulaire spécifique, ce qui a conduit à une baisse du taux de réussite ces dernières années.
Le TECFÉE actuel est critiqué par les étudiants et les acteurs du milieu universitaire pour plusieurs raisons. D’abord, la deuxième partie de l’examen, qui porte sur des expressions et mots de vocabulaire, est perçue comme déconnectée de la réalité linguistique quotidienne. Ensuite, le taux de réussite à cet examen est en baisse depuis plusieurs années, ce qui soulève des questions sur son adéquation avec les besoins des futurs enseignants. Des étudiants comme Maude Bouchard, qui a dû passer le TECFÉE six fois avant de réussir, dénoncent un exercice qui les force à mémoriser une liste quasi infinie de mots et de définitions spécifiques, souvent peu utilisés dans certaines régions du Québec. Cette situation crée un préjudice inégal selon les origines géographiques des étudiants.
Une première phase d’expérimentation de la nouvelle version du TECFÉE s’est déroulée en novembre 2023, suivie d’une deuxième mise à l’essai au printemps 2024 dans quatre universités québécoises. La nouvelle épreuve se déroulera à l’écran, mais sans logiciel de correction, contrairement aux suggestions d’un groupe d’experts. Une section spécifique du test nécessite encore des améliorations, avec un retour en mise à l’essai prévu à l’automne 2024. Le ministère de l’Éducation indique que les travaux se poursuivent pour compléter le processus de validation du test. Les universités s’attendent à ce que le niveau d’exigence reste similaire à celui de l’ancien examen, malgré les changements de format.
La nouvelle version du TECFÉE introduira des modifications majeures par rapport à l’ancien examen. Elle inclura une production écrite et une tâche de correction de texte, mais se concentrera moins sur les exceptions grammaticales et plus sur la compréhension contextuelle. Par exemple, les étudiants devront expliquer pourquoi des fautes apparaissent dans un texte, en plus de les repérer. Cette approche vise à rendre l’examen plus pertinent pour la réalité des enseignants. Cependant, Anabelle Viau-Guay, présidente de l’ADÉREQ (Association des doyens et directeurs pour l’étude et la recherche en éducation au Québec) et doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, précise que l’objectif n’est pas de réduire la difficulté du test, mais de mieux l’adapter aux besoins professionnels.
Un groupe d’experts avait recommandé l’utilisation d’un logiciel de correction pour le nouveau TECFÉE, afin de refléter les pratiques actuelles et d’ajuster le seuil de réussite en conséquence. Cependant, le ministère de l’Éducation a choisi de ne pas suivre cette recommandation, ce qui déçoit Priscilla Boyer, professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste de l’apprentissage de l’orthographe et de la grammaire. Elle souligne que l’interdiction d’utiliser des outils numériques comme ceux employés dans la vie quotidienne est un recul. Selon elle, cette décision maintient un système obsolète qui pénalise les étudiants, notamment ceux issus de régions où certaines expressions sont moins répandues.
Malgré les retards et les critiques, certains étudiants comme Maude Bouchard, qui a participé à la mise à l’essai du nouveau test, attendent avec impatience sa mise en place. Elle considère que la nouvelle version, moins axée sur la mémorisation, est plus accessible. Cependant, Priscilla Boyer et d’autres experts s’inquiètent du temps perdu. Boyer souligne que la version actuelle du TECFÉE n’est plus adaptée à la réalité d’aujourd’hui et peut causer des préjudices aux étudiants, en particulier ceux qui ne maîtrisent pas les expressions très spécifiques de certaines régions. Elle appelle à une mise en place rapide du nouvel examen pour éviter que la situation ne s’aggrave.

