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Sortir le chéquier

Le Devoir · mis à jour à l'instant

En recentrant l’État sur ses missions premières, le chef péquiste épouse un laisser-faire inédit au Québec..

Nouveau cap fiscal

Le Parti québécois (PQ), dirigé par Paul St-Pierre Plamondon, annonce une baisse significative du taux d'imposition des sociétés au Québec, passant de 11,5 % à 9,5 %. Cette mesure, présentée comme un moyen de recentrer l'État sur ses missions essentielles, marque une rupture avec l'interventionnisme économique des gouvernements précédents, qu'ils soient du Parti libéral du Québec (PLQ), de la Coalition avenir Québec (CAQ) ou du PQ lui-même. Historiquement, ces gouvernements ont souvent soutenu des entreprises en difficulté, comme Bombardier pour sa C-Series ou Gaspésia pour ses pâtes et papiers, tout en étant critiqués pour avoir laissé partir des entreprises considérées comme stratégiques, comme Rona ou St-Hubert. Cette nouvelle orientation, qualifiée de laisser-faire inédit au Québec, vise à créer des conditions favorables à la prospérité économique en réduisant la pression fiscale sur les entreprises.

Impact financier majeur

La baisse du taux d'imposition des sociétés entraînera une perte de revenus pour l'État québécois estimée à 8,9 milliards de dollars sur cinq ans, soit 2,5 milliards de dollars par année une fois la mesure pleinement appliquée. Pour compenser cette perte, le PQ prévoit réduire les subventions directes et indirectes aux entreprises, notamment celles versées par le ministère de l'Économie et Investissement Québec. Cependant, le parti mise sur un effet dynamique : en payant moins d'impôts, les entreprises seraient plus compétitives, ce qui stimulerait l'activité économique et générerait des revenus supplémentaires pour l'État, estimés à 692 millions de dollars. Cette hypothèse est contestée par la Chaire en fiscalité et finances publiques de l'Université de Sherbrooke, qui souligne que la réduction des subventions pourrait aussi avoir un effet négatif sur l'économie. Les auteurs de l'étude qualifient cette approche de poudre de perlimpinpin, suggérant que les promesses de revenus compensatoires manquent de fondement solide.

Défis politiques internes

Cette nouvelle orientation économique du PQ pourrait créer des tensions au sein du parti, notamment parmi les députés qui pourraient s'opposer à la réduction des subventions aux entreprises. Ces subventions, bien que critiquées pour leur manque de transparence, offrent des moyens d'action rapides et visibles pour les gouvernements, comme l'inauguration d'usines ou la création d'emplois locaux. Dans un contexte de gouvernement minoritaire avec une espérance de vie limitée à 18 mois, les députés pourraient privilégier des mesures perçues comme immédiatement bénéfiques pour leur circonscription, comme des aides ciblées ou des projets concrets. Le premier ministre St-Pierre Plamondon devra donc naviguer entre ces attentes locales et sa volonté de réformer en profondeur la fiscalité québécoise, malgré les risques de mécontentement.

Promesses électorales en jeu

L'une des promesses phares du PQ, le retour au déficit zéro d'ici 2028-2029, pourrait être compromise par cette baisse d'impôts. Cette promesse, déjà difficile à tenir, est défendue par des figures comme Nicolas Marceau, ancien ministre des Finances sous Pauline Marois, qui avait lui-même abandonné une promesse similaire (l'abolition de la taxe santé) en raison de son coût. La réduction des subventions et des revenus fiscaux pourrait rendre cet objectif encore plus difficile à atteindre. Le PQ devra donc trouver un équilibre entre ses engagements électoraux et la réalité économique, tout en gérant les attentes de ses électeurs et de ses députés, dans un contexte politique déjà tendu.

Ce que ça pourrait changer

Cette réforme s'inscrit dans une tradition québécoise où l'État a souvent joué un rôle actif dans l'économie, que ce soit pour soutenir des entreprises locales ou pour attirer des investissements étrangers. Cependant, le PQ propose ici une approche inverse, en réduisant son intervention directe. Cette stratégie repose sur l'idée que des entreprises moins taxées seront plus compétitives, ce qui stimulera l'emploi et la croissance. Pourtant, l'histoire récente montre que les gouvernements précédents ont souvent dû intervenir pour sauver des emplois ou des secteurs clés, comme en témoignent les exemples de Bombardier ou de Gaspésia. La question reste donc ouverte : cette nouvelle approche suffira-t-elle à compenser les pertes de revenus et à maintenir la prospérité économique du Québec ?

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