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Clémence Guetté : “Je défends une lecture matérialiste de l’amitié”

Philosophie Magazine · mis à jour 25 sept.

Clémence Guetté, députée de La France insoumise, défend dans son essai *Pour une politique de l’amitié* (éditions La Découverte) l’idée d’attribuer un **statut légal à l’amitié**. Selon elle, cette proposition répond à une **recomposition des liens sociaux** dans les sociétés contemporaines. L’autrice souligne que l’amitié n’est pas une simple question privée, mais un sujet de société nécessitant une attention des **politiques publiques**. Elle s’appuie sur des témoignages recueillis auprès de femmes élevant seules leurs enfants ou de seniors souhaitant encadrer juridiquement des modes de vie communautaires. Ces exemples illustrent une attente croissante pour une meilleure reconnaissance des liens solidaires par les institutions. Le contexte économique et social actuel, marqué par des crises multiples (budgétaires, climatiques, internationales), rend cette réflexion d’autant plus pertinente.

L’amitié comme enjeu politique

Clémence Guetté, députée de La France insoumise, défend dans son essai Pour une politique de l’amitié (éditions La Découverte) l’idée d’attribuer un statut légal à l’amitié. Selon elle, cette proposition répond à une recomposition des liens sociaux dans les sociétés contemporaines. L’autrice souligne que l’amitié n’est pas une simple question privée, mais un sujet de société nécessitant une attention des politiques publiques. Elle s’appuie sur des témoignages recueillis auprès de femmes élevant seules leurs enfants ou de seniors souhaitant encadrer juridiquement des modes de vie communautaires. Ces exemples illustrent une attente croissante pour une meilleure reconnaissance des liens solidaires par les institutions. Le contexte économique et social actuel, marqué par des crises multiples (budgétaires, climatiques, internationales), rend cette réflexion d’autant plus pertinente.

L’épidémie de solitude en France

Clémence Guetté évoque une véritable épidémie de solitude en France, touchant toutes les générations. Selon diverses études, un quart des Français déclarent se sentir seuls régulièrement, et plus d’un jeune sur deux âgé de 18 à 24 ans partage ce sentiment. Parmi les personnes âgées, 750 000 se disent en état de « mort sociale », un terme désignant un isolement extrême et une absence de liens sociaux significatifs. Ces chiffres, issus du baromètre de l’isolement des personnes âgées mené par l’association Les Petits Frères des Pauvres, sont probablement sous-estimés en raison de la honte et du tabou associés à l’aveu de ne pas avoir d’amis. La solitude n’est pas un choix individuel, mais une conséquence structurelle des conditions de vie imposées par le système économique actuel.

Le système économique en cause

Pour Clémence Guetté, la solitude n’est pas un phénomène accidentel, mais une « maladie politique » liée au système économique dominant. Les impératifs productivistes du marché du travail réduisent le temps disponible pour cultiver des amitiés, surtout pour les actifs soumis à des rythmes professionnels exigeants. Les parents, confrontés à un manque de structures d’aide (garderies, accompagnement), se replient souvent sur la sphère familiale, limitant ainsi leurs interactions sociales extérieures. Par ailleurs, les personnes en situation de précarité ou sans emploi stable disposent de peu de ressources financières pour participer à des activités amicales coûteuses, comme les sorties au restaurant ou les week-ends entre amis. Cette situation a donné naissance au néologisme « friendflation », qui désigne l’augmentation des coûts liés à l’entretien des amitiés, rendant ces liens de plus en plus dépendants de la performance financière des individus.

Ce que ça pourrait changer

Clémence Guetté propose de reconnaître l’amitié comme un **droit social**, au même titre que d’autres formes de solidarité. Cette idée s’inscrit dans une réflexion plus large sur la nécessité de repenser les liens sociaux dans un contexte où les structures traditionnelles (famille, voisinage, associations) s’affaiblissent. En attribuant un **statut légal** à l’amitié, elle suggère que l’État pourrait mieux protéger et encourager ces relations, par exemple en facilitant l’accès à des espaces de rencontre ou en soutenant financièrement les initiatives locales favorisant les liens sociaux. Cette approche vise à contrer la **marchandisation de l’amitié**, où les coûts élevés des interactions sociales excluent une partie de la population. L’objectif n’est pas d’idéaliser l’amitié, mais de la considérer comme un pilier essentiel du bien-être individuel et collectif.

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