Réseaux sociaux : une génération mobilisée et ses écrans
Loin du discours présidentiel sur des réseaux sociaux qui « bousculeraient nos démocraties », ces plateformes aux usages pluriels permettent aux jeunes de produire leur propre récit du mouvement, à rebours d’un cadrage médiatique dominant qui minimise les violences policières, et de se penser comme une génération. Mais derrière cette unité, Snapchat, Instagram ou Signal ne s’utilisent pas de la même façon selon la position sociale.
L’article souligne que les réseaux sociaux ne forment pas un ensemble homogène, contrairement à ce que suggère le discours politique. Chaque plateforme (Snapchat, Instagram, TikTok, Signal, etc.) possède ses propres fonctionnalités, publics et usages. Par exemple, Snapchat est davantage utilisé par les jeunes des milieux populaires pour organiser des blocus, tandis que les étudiants militants privilégient des messageries cryptées comme Signal. Cette diversité remet en cause l’idée d’un temps d’utilisation moyen de 4h40 par jour pour tous les jeunes, car ce chiffre masque des disparités sociales importantes. Les propriétés techniques et sociales de chaque réseau influencent donc la manière dont les jeunes s’informent, communiquent ou s’engagent politiquement. L’auteur, Guillaume Barel, politiste et doctorant en science politique, insiste sur la nécessité de distinguer ces usages pour éviter une vision simplificatrice des réseaux sociaux.
L’article explique que les réseaux sociaux permettent aux jeunes de construire leur propre narration des mouvements sociaux, en opposition au cadrage médiatique dominant. Par exemple, les violences policières sont souvent minimisées ou ignorées par les médias traditionnels, mais les jeunes utilisent ces plateformes pour partager des témoignages, des vidéos ou des analyses alternatives. Cette production de contenu contribue à forger une identité générationnelle, où les jeunes se perçoivent comme un groupe distinct, capable de s’organiser et de s’informer en dehors des canaux traditionnels. L’auteur cite Julien Boyadjian, chercheur en sociologie, pour rappeler que les réseaux sociaux ne servent pas uniquement à s’informer : ils permettent aussi de se divertir, de maintenir des liens sociaux ou de se mobiliser. Cette diversité d’usages montre que les réseaux sociaux sont bien plus que de simples outils informationnels.
En novembre 2025, le président Emmanuel Macron a déclaré que « les réseaux sociaux bousculent nos démocraties » et que les jeunes s’informent en moyenne 4h40 par jour sur ces plateformes. L’article remet en cause ces affirmations en soulignant deux problèmes majeurs. D’abord, le terme réseaux sociaux est utilisé de manière générique, alors qu’il désigne des plateformes aux fonctionnements très différents. Ensuite, le chiffre de 4h40 occulte les inégalités sociales : tous les jeunes ne passent pas le même temps sur ces réseaux, et leurs usages varient selon leur milieu social. L’auteur critique ainsi un déterminisme technologique, c’est-à-dire l’idée que les réseaux sociaux auraient un impact automatique et uniforme sur la société, sans tenir compte des contextes sociaux et des pratiques individuelles.
L’article met en lumière les différences d’usage des réseaux sociaux selon la position sociale des jeunes. Par exemple, les catégories populaires utilisent davantage Snapchat pour organiser des actions collectives, tandis que les étudiants plus aisés ou militants se tournent vers des outils comme Signal, une messagerie cryptée, pour préserver leur intimité et éviter la surveillance. Ces disparités reflètent des inégalités sociales-numériques, où l’accès aux technologies et la maîtrise des outils varient selon le milieu. Dominique Pasquier, sociologue, souligne que les pratiques numériques en milieu populaire diffèrent de celles des milieux plus favorisés, notamment en termes de sécurité et de confidentialité. Ces différences montrent que les réseaux sociaux ne sont pas neutres : ils reproduisent et amplifient les hiérarchies sociales existantes.
L’article analyse comment les réseaux sociaux servent de leviers à la mobilisation des jeunes, notamment lors de mouvements sociaux. Contrairement aux médias traditionnels, qui peuvent minimiser ou déformer les réalités des manifestations, les plateformes numériques permettent aux jeunes de partager des contenus bruts, comme des vidéos de violences policières, et de construire une contre-narration. Cette autonomie dans la production de l’information favorise un sentiment d’appartenance générationnelle et renforce la capacité des jeunes à s’organiser. Cependant, l’auteur rappelle que ces outils ne sont pas utilisés de la même manière par tous : les jeunes des milieux populaires privilégient des plateformes comme Snapchat pour leur simplicité et leur accessibilité, tandis que les étudiants plus engagés optent pour des solutions plus sécurisées, comme Signal.

