Référendum albertain : les immigrants temporaires sont-ils une surcharge économique?
L'Alberta affirme que les résidents temporaires coûtent plus en services publics qu'ils ne rapportent..
En Alberta, la première ministre Danielle Smith a lancé un référendum demandant aux habitants de lui donner un mandat pour modifier l’accès des résidents temporaires aux services publics et programmes sociaux. Ces résidents incluent les travailleurs temporaires étrangers, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile. Le gouvernement albertain affirme que pour chaque dollar d’impôt généré par ces travailleurs, les contribuables doivent financer 10 $ en services publics, une situation jugée insoutenable. En août 2026, Danielle Smith a proposé une solution : faire payer 1 900 $ aux résidents temporaires pour accéder aux soins de santé. Cette proposition s’inscrit dans un débat plus large sur l’impact économique de l’immigration en Alberta, une province en déficit structurel, où les coûts des services publics dépassent les recettes fiscales.
Les économistes interrogés, comme Mikal Skuterud (Université de Waterloo), soulignent que l’impact fiscal des immigrants est difficile à mesurer. Le gouvernement albertain avance que les résidents temporaires ont généré 150 millions de dollars de revenus fiscaux en 2026, mais cette estimation est jugée restrictive. En effet, ces travailleurs contribuent aussi indirectement à l’économie : leurs salaires bas permettent aux entreprises d’augmenter leurs marges de profit, qui sont ensuite taxées via l’impôt sur les sociétés. De plus, leur contribution fiscale augmente avec leur durée de séjour au Canada, car leurs revenus progressent. Skuterud critique une approche qui ne considère leur impact qu’à leur arrivée, les qualifiant d’investissement pour l’avenir.
Selon Herb Emery (Université du Nouveau-Brunswick), le déséquilibre entre les revenus et les coûts des services publics n’est pas uniquement lié à l’immigration, mais aussi à des choix politiques. L’Alberta est en déficit structurel, ce qui signifie que ses dépenses en services publics dépassent ses recettes fiscales, quel que soit le statut des résidents (temporaires, permanents ou citoyens). Emery explique que les résidents temporaires répondent à des besoins de main-d’œuvre que les Albertains ne veulent pas occuper, comme les emplois peu qualifiés ou mal rémunérés. Leur présence permet de maintenir des services abordables, mais leur faible salaire limite leur contribution fiscale. Il souligne que taxer davantage ces travailleurs pourrait aggraver la situation économique.
Les économistes contestent l’inclusion des étudiants internationaux dans le débat sur les résidents temporaires. À l’Université de Calgary, leurs frais de scolarité sont trois à quatre fois plus élevés que ceux des résidents permanents. Un rapport d’Affaires mondiales Canada indique que ces étudiants ont contribué à hauteur de 2 milliards de dollars au PIB albertain en 2022 et à 367 millions de dollars en recettes fiscales. Herb Emery précise que ces revenus reviennent aux universités, et non au gouvernement provincial. Leur contribution dépasse donc largement les services qu’ils utilisent, mais ces fonds ne sont pas redistribués pour financer les services publics.
L’économiste en chef de Servus Credit Union, Charles St-Arnaud, estime que le gouvernement albertain cherche une solution à un problème qui n’existe plus. Selon le dernier rapport sur la population albertaine, le nombre d’immigrants temporaires a diminué de 2,8 % entre 2025 et 2026. St-Arnaud craint que les mesures proposées ne créent un effet de dissuasion pervers sur l’immigration, alors que l’Alberta aura besoin de main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée pour des projets économiques majeurs dans les années à venir. Il souligne que le coût des services publics pour ces résidents doit être relativisé par leur contribution à l’activité économique globale de la province.
Danielle Smith propose que la sélection des résidents temporaires soit confiée à la province, afin de s’assurer qu’ils répondent aux besoins du *marché du travail* albertain. Cette idée s’inscrit dans une volonté de mieux contrôler l’immigration en fonction des priorités économiques locales. Cependant, les économistes interrogés rappellent que l’impact des résidents temporaires ne se limite pas à leur contribution fiscale immédiate. Leur présence permet de combler des pénuries de main-d’œuvre, de stimuler l’activité économique et, à long terme, d’augmenter les recettes fiscales grâce à l’intégration progressive de ces travailleurs dans l’économie albertaine.

