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Culture

Vu à la Mostra de Venise 2026 : « A Bit of Light » d’Ali Asgari, un magnifique film au bord du gouffre

Trois Couleurs · mis à jour il y a 9 j

À travers le chemin de croix d’un médecin suicidaire, le cinéaste Ali Asgari (« Juste une nuit ») livre un film essentiel sur l’Iran contemporain, présenté à la Mostra de Venise, où l’acteur engagé Missagh Zareh fait des merveilles..

Un film présenté à Venise

Le film A Bit of Light, réalisé par Ali Asgari, a été présenté à la Mostra de Venise en 2026. Ce cinéaste iranien, déjà connu pour des œuvres comme Juste une nuit, y explore des thèmes profonds liés à la société iranienne contemporaine. L’acteur principal, Missagh Zareh, joue un médecin confronté à une situation extrême. Ce rôle s’inscrit dans sa carrière, marquée par des interprétations marquantes, comme celle d’un père tyrannique dans Les Graines du figuier sauvage (2024). La Mostra de Venise est l’un des festivals de cinéma les plus prestigieux au monde, où des réalisateurs du monde entier présentent leurs œuvres pour une reconnaissance internationale.

L’histoire d’un médecin

Le film raconte l’histoire d’un médecin iranien, interprété par Missagh Zareh, qui décide de mettre fin à ses jours. Ce personnage a été contraint d’abandonner son activité professionnelle après avoir soigné des jeunes manifestants blessés lors des répressions des autorités iraniennes. Ces manifestants étaient considérés comme des terroristes par le régime. Le film suit ce médecin pendant une journée, durant laquelle il règle ses affaires personnelles : il confie ses plantes à des proches, prévient ses patients et ses proches de son départ. L’image de cet homme entouré de ses plantes vertes, même dans un moment aussi grave, souligne une forme d’ironie tragique, comme s’il chérissait la vie tout en y renonçant.

Une référence à Kiarostami

A Bit of Light s’inspire du film Le Goût de la cerise (1997) d’Abbas Kiarostami, un réalisateur iranien célèbre pour ses œuvres philosophiques. Dans ce film, un homme erre en cherchant quelqu’un pour l’aider à se suicider, explorant des questions existentielles. Cependant, Ali Asgari transforme cette fable en une œuvre ancrée dans le réel, plus sombre et angoissante. Contrairement à Kiarostami, Asgari ne cherche pas à donner une dimension métaphysique à son récit, mais à montrer la brutalité d’une situation politique et sociale. Le film reflète ainsi une réalité crue, où l’angoisse est omniprésente, tant pour le personnage que pour le spectateur.

Un contexte politique tendu

Le film s’inscrit dans un contexte politique et social particulièrement tendu en Iran. Les manifestations réprimées par les autorités ont conduit à l’arrestation ou à la marginalisation de nombreux citoyens, y compris des professionnels de santé comme le personnage principal. De plus, le film évoque une menace extérieure : les missiles lancés par l’administration de Donald Trump, alors président des États-Unis, qui ont perturbé la production du film. Une partie du tournage a dû être délocalisée en Turquie pour des raisons de sécurité. Ces éléments montrent comment la politique intérieure et extérieure de l’Iran influence la vie quotidienne et les choix des individus, même dans des situations extrêmes comme celle du médecin.

Ce que ça pourrait changer

Ali Asgari, le réalisateur, partage avec son personnage une forme de marginalisation. Comme le médecin du film, il est réduit au silence et privé de sa capacité à exercer son métier d’artiste en Iran. Cette situation le place dans une position de *mort-vivant*, un terme utilisé pour décrire une personne qui existe sans pouvoir s’exprimer ou agir librement. Le film devient ainsi une métaphore de sa propre condition, où la création artistique est étouffée par les contraintes politiques. Cette dimension autobiographique ajoute une profondeur supplémentaire à l’œuvre, en montrant comment l’art et la résistance individuelle s’entremêlent dans un contexte oppressif.

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