En Camargue, des lignes à haute tension exemptées d'évaluation environnementale
Le gouvernement a décidé de ne pas imposer d'évaluation environnementale à plusieurs lignes électriques à très haute tension ( THT ) prévues pour alimenter des projets industriels dans la zone industrialoportuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Il estime que cela permettra de gagner neuf mois sur le calendrier et de mettre les installations en service dès janvier 2029.
En Camargue, un projet de construction de lignes à haute tension (LHT) d’une longueur totale de 100 kilomètres est en cours. Ces lignes, qui transportent l’électricité à très haute tension (entre 225 000 et 400 000 volts), doivent relier les postes électriques de Saint-Martin-de-Crau et Fos-sur-Mer. Le tracé traverse des zones naturelles protégées, notamment des marais et des espaces classés en raison de leur biodiversité. Ce projet s’inscrit dans le cadre du renforcement du réseau électrique régional pour répondre à la demande croissante en électricité, notamment liée à l’essor des industries et des infrastructures locales. La Camargue, région humide et sauvage du sud de la France, est déjà soumise à des pressions environnementales importantes en raison de l’urbanisation et de l’agriculture intensive.
Le projet bénéficie d’une exemption d’évaluation environnementale, une procédure administrative qui permet de contourner l’étude d’impact obligatoire pour les infrastructures linéaires comme les lignes électriques. Normalement, une évaluation environnementale doit analyser les conséquences du projet sur les écosystèmes, les paysages et les espèces protégées. Cependant, dans ce cas précis, l’État a décidé d’appliquer une dérogation prévue par le code de l’environnement, qui autorise cette exemption pour les lignes à haute tension jugées d’intérêt national. Cette décision a été prise malgré les alertes des associations de protection de l’environnement, qui soulignent les risques pour la faune et la flore locales, notamment les oiseaux migrateurs et les espèces endémiques des zones humides.
Plusieurs acteurs interviennent dans ce projet. RTE (Réseau de Transport d’Électricité), filiale d’EDF, est l’entreprise publique chargée de la construction et de la gestion des lignes à haute tension. Elle est responsable de la mise en œuvre du projet et de la conformité aux règles techniques. Les collectivités locales, comme la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et les communes traversées, sont consultées mais n’ont pas de pouvoir décisionnel sur l’exemption d’évaluation environnementale. Les associations environnementales, telles que France Nature Environnement ou la Ligue pour la Protection des Oiseaux, dénoncent cette exemption et demandent des études d’impact plus poussées pour préserver les zones naturelles concernées.
Les lignes à haute tension peuvent avoir des impacts significatifs sur l’environnement. Elles représentent un risque de collision pour les oiseaux, notamment les rapaces et les oiseaux migrateurs, qui peuvent être désorientés par les câbles. De plus, la construction des pylônes et des fondations peut perturber les sols et les écosystèmes locaux, en particulier dans les zones humides de Camargue, où les sols sont fragiles et riches en biodiversité. Les associations craignent également une fragmentation des habitats naturels, qui pourrait affecter des espèces protégées comme le flamant rose ou l’emblématique taureau de Camargue. Malgré ces enjeux, le projet avance sans évaluation environnementale complète, ce qui limite la transparence et la prise en compte des impacts réels.
L’exemption d’évaluation environnementale pour les lignes à haute tension s’appuie sur l’article L. 122-1 du code de l’environnement, qui prévoit des dérogations pour les projets d’intérêt national. Cependant, cette disposition est régulièrement contestée par les associations et les scientifiques, qui estiment qu’elle affaiblit la protection de l’environnement au profit des impératifs économiques. En 2020, une directive européenne a renforcé les obligations d’évaluation environnementale pour les infrastructures linéaires, mais la France a maintenu des exceptions pour les lignes électriques. Ce cadre légal soulève des questions sur l’équilibre entre développement économique et préservation des écosystèmes, particulièrement dans des régions comme la Camargue, déjà fortement anthropisées.

