Data centers : la consommation d'électricité pourrait doubler en 5 ans
Les rapports s'accumulent pour rappeler combien l'intelligence artificielle s'ancre dans une matérialité toute physique. Dans un avis publié le 22 juillet, l'Agence de la transition écologique (Ademe) rappelle que l'essor des intelligences artificielles génératives (IAg) repose sur des centres de données, des serveurs, des puces, des métaux, de l'eau et beaucoup, beaucoup d'électricité.
Les data centers (centres de données en français) sont des infrastructures qui stockent et traitent les données numériques, comme les sites web, les applications ou les services cloud. Selon une étude, leur consommation d'électricité pourrait doubler en cinq ans, passant de 1 à 2 % de la consommation mondiale actuelle. Cette hausse s'explique par l'explosion des usages numériques, notamment avec le développement de l'intelligence artificielle, du streaming vidéo et des services en ligne. Les data centers consomment énormément d'énergie car ils doivent fonctionner 24h/24 et être refroidis en permanence pour éviter la surchauffe des serveurs. En France, leur consommation représente déjà 10 % de la consommation électrique du pays, un chiffre qui pourrait augmenter rapidement avec l'arrivée de nouveaux projets comme celui d'EDF à Saclay, prévu pour 2025.
Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation de la consommation électrique. D'abord, la demande en services numériques explose, avec une croissance annuelle de 20 à 30 % pour certains usages comme le cloud computing ou les réseaux sociaux. Ensuite, les data centers deviennent de plus en plus puissants pour répondre à ces besoins, mais leur efficacité énergétique n'évolue pas au même rythme. Par exemple, un seul data center peut consommer autant qu'une ville de 50 000 habitants. Enfin, les infrastructures actuelles ne sont pas toujours optimisées : beaucoup utilisent des énergies fossiles pour leur alimentation ou leur refroidissement, ce qui aggrave leur impact environnemental. Les acteurs du secteur, comme les géants du numérique (Google, Amazon, Microsoft), sont pointés du doigt pour ne pas assez investir dans des solutions plus durables.
L'augmentation de la consommation électrique des data centers pose un défi majeur pour la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, si rien ne change, leur part dans les émissions mondiales de CO₂ pourrait atteindre 14 % d'ici 2030, soit plus que l'ensemble du secteur aérien aujourd'hui. Cette situation est d'autant plus préoccupante que les énergies renouvelables ne suffisent pas à compenser cette croissance. En France, malgré le mix électrique majoritairement nucléaire (peu émetteur de CO₂), l'augmentation de la demande pourrait entraîner une dépendance accrue aux énergies fossiles en période de pointe. Les experts soulignent que cette tendance est incompatible avec les objectifs de l'Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Face à cette situation, plusieurs pistes sont explorées pour réduire l'impact des data centers. La première consiste à améliorer leur efficacité énergétique, par exemple en utilisant des systèmes de refroidissement plus performants ou en optimisant la gestion des serveurs. Une autre solution est de recourir à des énergies renouvelables pour leur alimentation, comme le fait déjà Google avec des parcs éoliens. Enfin, des initiatives locales émergent, comme à Paris où des data centers sont installés dans des bâtiments déjà chauffés, permettant de réutiliser la chaleur produite. Cependant, ces mesures restent insuffisantes face à la croissance exponentielle de la demande, et les experts appellent à une régulation plus stricte des acteurs du secteur.
Cette explosion de la consommation électrique des *data centers* a aussi des conséquences économiques majeures. D'un côté, elle représente un marché colossal pour les fournisseurs d'énergie et les constructeurs de serveurs, avec des revenus estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. De l'autre, elle pourrait entraîner une hausse des coûts pour les consommateurs, notamment en période de tension sur le réseau électrique. En France, des projets comme celui d'EDF à Saclay (1,5 milliard d'euros d'investissement) illustrent cette dynamique, mais ils soulèvent aussi des questions sur la soutenabilité du modèle. Les États et les régulateurs sont donc confrontés à un dilemme : soutenir la croissance du numérique tout en limitant son impact environnemental et économique.

