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Environnement

La « cocaïne des mers » : dans les rouages du trafic de vessies de poissons

Reporterre · mis à jour il y a 22 j

[Les nouveaux visages de la criminalité environnementale 2/4] Depuis le plateau des Guyanes, les vessies d'acoupa, un déchet de poisson consommé comme mets de luxe en Chine, s'échangent à prix d'or, au prix d'une pêche illégale qui ravage les eaux guyanaises. Georgetown (Guyana), reportage Comme tous les jours, le marché aux poissons anime le quartier populaire de Meadow Bank, dans le sud de Georgetown, la capitale du Guyana, qui s'étale entre la large Demerara River et l'océan (…) Lire la suite - <a href="

Qu'est-ce que la vessie de poisson

La vessie de poisson est un organe interne des poissons osseux, comparable à un ballon rempli de gaz, qui leur permet de réguler leur flottabilité dans l’eau. Dans certains pays d’Asie du Sud-Est, notamment en Chine, la vessie de poisson séchée, appelée fish maw ou swim bladder, est consommée comme un mets de luxe. Elle est prisée pour ses propriétés gélatineuses et sa texture, mais aussi pour ses vertus supposées en médecine traditionnelle, où elle est utilisée pour traiter divers maux comme les douleurs articulaires ou les problèmes de circulation sanguine. Son prix peut atteindre plusieurs milliers d’euros par kilogramme, ce qui en fait une cible privilégiée pour les trafics illégaux.

Le trafic international

Le trafic de vessies de poisson séchées est un marché illégal estimé à plusieurs centaines de millions d’euros par an. Les vessies proviennent principalement d’Asie du Sud-Est, d’Amérique latine et d’Afrique, où elles sont pêchées en grandes quantités. Elles transitent ensuite vers la Chine, principal consommateur, via des réseaux de contrebande qui contournent les réglementations douanières. Les trafiquants utilisent des méthodes sophistiquées pour dissimuler les vessies, comme les mélanger à d’autres produits de la mer ou les faire passer pour des cargaisons légales. En 2022, les autorités chinoises ont saisi plus de 10 tonnes de vessies de poisson illégales, un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène.

Les acteurs du trafic

Plusieurs acteurs interviennent dans ce trafic, depuis les pêcheurs locaux jusqu’aux réseaux criminels organisés. Les pêcheurs, souvent des petits producteurs, vendent les vessies à des intermédiaires qui les exportent vers des pays comme la Malaisie ou la Thaïlande. Ces intermédiaires, parfois liés à des organisations criminelles, organisent ensuite le transport vers la Chine. Les autorités chinoises, comme l’Administration générale des douanes, mènent des opérations pour démanteler ces réseaux, mais la corruption et la complexité des routes commerciales rendent la lutte difficile. En 2021, une enquête conjointe entre la Chine et l’Indonésie a permis l’arrestation de 20 personnes et la saisie de 5 tonnes de vessies illégales.

Les conséquences écologiques

Le trafic de vessies de poisson a des répercussions majeures sur les écosystèmes marins. Certaines espèces de poissons, comme le toado ou le poisson-pierre, sont surexploitées pour leurs vessies, ce qui menace leur survie. En Indonésie, par exemple, la population de toado a chuté de 70 % en dix ans en raison de la pêche intensive. De plus, les méthodes de pêche illégales, comme l’utilisation de filets dérivants ou de dynamite, détruisent les récifs coralliens et les habitats marins. Les scientifiques alertent sur le risque d’effondrement de certaines populations de poissons si le trafic n’est pas endigué.

Les mesures de lutte

Pour lutter contre ce trafic, plusieurs pays ont renforcé leurs législations et leurs contrôles. La Chine, par exemple, a interdit l’importation de vessies de poisson en provenance de certains pays, comme les Philippines, où le trafic est particulièrement actif. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a également publié des directives pour encadrer la pêche des poissons à vessie, mais leur application reste inégale. En Europe, le règlement sur les produits de la pêche interdit l’importation de vessies de poisson non déclarées. Cependant, ces mesures peinent à endiguer le trafic en raison de la demande persistante et des profits élevés qu’il génère.

Ce que ça pourrait changer

Le marché des vessies de poisson est caractérisé par une grande opacité, ce qui complique les enquêtes et les poursuites judiciaires. Les prix varient considérablement selon la qualité et l’espèce du poisson, allant de 50 € à plus de 10 000 € le kilogramme pour les vessies les plus rares. Les transactions se font souvent en liquide ou via des réseaux informels, ce qui rend difficile le traçage des flux financiers. En 2020, une étude de l’*ONG Traffic* a révélé que 90 % des vessies de poisson vendues en Chine étaient d’origine illégale, soulignant l’ampleur du problème. Les consommateurs, souvent méconnaissants, contribuent involontairement à ce trafic en achetant ces produits sans vérifier leur provenance.

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