« Scandale sanitaire » : les usines à bitume de l'A69 empoisonnent le Tarn
Les centrales à bitume nécessaires pour la construction de l'autoroute A69 ont largement dépassé les seuils autorisés de rejet de particules toxiques. La préfecture a fini par réagir avec une mise en demeure, sans demander l'arrêt du chantier.
Plusieurs usines de production de bitume, situées le long du tracé de l’autoroute A69 dans le département du Tarn, sont pointées du doigt pour des problèmes sanitaires. Le bitume est un matériau noir et visqueux dérivé du pétrole, utilisé pour fabriquer l’asphalte des routes. Ces installations, appelées usines à bitume ou bitumeries, sont accusées d’émettre des polluants dans l’air et les sols. Selon le média Reporterre, ces rejets pourraient avoir des conséquences graves sur la santé des riverains et sur l’environnement. Les activités de ces usines sont surveillées par des associations locales et des scientifiques, qui dénoncent un manque de transparence et des risques sous-estimés par les autorités.
Le projet de construction de l’autoroute A69, reliant Toulouse à Castres, est au cœur des tensions. Cette infrastructure de 50 kilomètres est portée par la société ASFA (Association des Sociétés Françaises d’Autoroutes), qui gère plusieurs concessions autoroutières en France. Le tracé prévu traverse des zones rurales et agricoles, suscitant l’opposition des habitants, des agriculteurs et des écologistes. Ces derniers dénoncent notamment l’impact environnemental du projet, incluant la destruction de terres arables et la fragmentation des écosystèmes. Le coût estimé du projet s’élève à 600 millions d’euros, financés en partie par des fonds publics.
Les usines à bitume de l’A69 sont accusées de rejeter des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), une famille de substances chimiques issues de la combustion incomplète de matières organiques comme le pétrole. Les HAP sont reconnus comme cancérigènes et toxiques pour les organismes vivants. Selon des analyses réalisées par des associations, les concentrations de HAP dans l’air et les sols autour des usines dépasseraient les seuils réglementaires fixés par l’Union européenne. Par exemple, des mesures ont révélé des taux de HAP jusqu’à 10 fois supérieurs aux limites recommandées pour la santé humaine dans certaines zones.
Les riverains des usines à bitume et les habitants des communes traversées par le futur tracé de l’A69 pourraient être exposés à des risques sanitaires accrus. Les HAP et d’autres polluants émis par ces installations sont associés à des maladies respiratoires, des cancers (notamment du poumon et de la peau) et des troubles neurologiques. Une étude menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) en 2021 a montré que l’exposition chronique à ces substances augmente significativement le risque de développer ces pathologies. Les populations les plus vulnérables, comme les enfants et les personnes âgées, sont particulièrement concernées.
Les associations locales et les scientifiques critiquent le manque de surveillance des usines à bitume par les autorités. Selon Reporterre, les contrôles environnementaux seraient insuffisants et peu fréquents, permettant aux installations de fonctionner sans respecter pleinement les normes en vigueur. Par exemple, une inspection menée en 2022 par la Direction régionale de l’environnement (DREAL) a révélé des non-conformités majeures dans l’une des usines, sans que des sanctions ne soient appliquées. Les riverains dénoncent également l’opacité des rapports officiels, qui ne rendent pas compte de l’ampleur réelle de la pollution.
Face aux accusations, les autorités locales et nationales se défendent en affirmant que les usines à bitume respectent les réglementations en vigueur. La préfecture du Tarn a indiqué que les émissions des installations étaient conformes aux seuils légaux, tout en reconnaissant la nécessité de renforcer les contrôles. Le ministère de la Transition écologique a également commandé une étude indépendante pour évaluer l’impact sanitaire des usines, dont les résultats sont attendus pour 2024. Cependant, les associations locales et les élus écologistes exigent l’arrêt immédiat des activités des usines les plus polluantes et une révision du tracé de l’A69.

