L’appel du calme, ou notre besoin collectif de ralentir
Chaque semaine, “Courrier international” explique ses choix éditoriaux. Dans ce numéro, nous consacrons notre dossier à notre besoin collectif de ralentir pour en finir avec le culte de la performance.
Partout dans le monde, une tendance à ralentir s'intensifie face à l'accélération des rythmes de vie modernes. Ce phénomène, déjà identifié en 2004 par le journaliste canadien Carl Honoré dans son livre Éloge de la lenteur, gagne en popularité. Il se manifeste par un rejet de la culture de la performance et de la vitesse, jugée excessive. En 2026, cette aspiration à la lenteur est plus que jamais d'actualité, comme en témoignent les articles de presse internationale. Les causes de cette évolution incluent la pression sociale liée à l'occupation permanente, souvent perçue comme un signe de réussite, ainsi que l'impact des technologies numériques comme les smartphones et les réseaux sociaux, accusés d'aggraver l'anxiété et la superficialité.
Le temps libre, autrefois désiré, devient parfois une source de stress. Anita Chaudhuri, journaliste pour The Guardian, explique dans un article de 2026 que beaucoup paniquent lorsqu'ils ont enfin du temps pour se reposer. Cette réaction paradoxale s'explique par l'habitude de vivre dans l'agitation et l'adrénaline, où l'occupation permanente est associée à un statut social élevé. Gianrico Carofiglio, écrivain italien, souligne dans La Repubblica que les gens travaillent trop, dorment mal et n'ont plus assez de temps pour les relations, la beauté ou le silence. Il plaide pour un droit à la contemplation, estimant que des décennies de productivité ont réduit notre capacité à apprécier l'oisiveté.
Plusieurs médias étrangers proposent de s'inspirer du mode de vie des paresseux pour retrouver un équilibre. La Süddeutsche Zeitung suggère d'oublier les listes de tâches interminables et de sortir du tourbillon de la vie moderne. En Chine, de jeunes adultes, surnommés les être humains à l'ancienne, adoptent un mode de vie proche de celui de leurs grands-parents pour échapper à la course effrénée au paraître. En Italie, la grand-mère, ou Nonna, est devenue un symbole générationnel pour la Gen Z, incarnant des rituels simples et une temporalité non mesurée en notifications. Ce phénomène est désigné par le néologisme Nonna Maxxing.
Les vacances évoluent vers des expériences plus calmes et moins éloignées. Le sleepcation, ou escapadodo en français, consiste à passer des vacances entières à dormir, une tendance décrite par The Wall Street Journal en 2026. Sans aller jusque-là, les vacanciers privilégient des séjours tranquilles, moins longs et plus proches de chez eux. Une spécialiste des voyages citée par CNBC en 2026 explique que les gens aspirent simplement à une pause loin du tumulte quotidien. Ces nouvelles formes de vacances reflètent un besoin croissant de déconnexion et de ralentissement, loin des destinations touristiques surchargées.
Carl Honoré, auteur de Éloge de la lenteur, qualifie les smartphones d'arme de destruction massive dans une interview accordée en 2026 à Clarín. Selon lui, les réseaux sociaux, initialement conçus pour nous connecter, aggravent l'anxiété, l'esprit de performance et la superficialité. Cette critique s'inscrit dans un débat plus large sur l'impact des technologies numériques sur notre bien-être mental. Honoré souligne que ces outils, bien que pratiques, contribuent à une accélération permanente de nos vies, rendant le ralentissement encore plus nécessaire.
Un article de la revue Yale Environnement 360 en 2026 s'inquiète du ralentissement de l'Amoc (Atlantic Meridional Overturning Circulation), un puissant courant marin qui joue un rôle clé dans la régulation du climat. Selon certaines études, son arrêt total pourrait entraîner une chute des températures en Europe vers 2100. Les modèles scientifiques divergent sur la date exacte de cette catastrophe potentielle, mais tous soulignent l'urgence de comprendre et de limiter les conséquences du dérèglement climatique. L'Amoc est souvent comparé à un chef d'orchestre du climat en raison de son influence sur les conditions météorologiques mondiales.
Plusieurs articles de l'édition estivale 2026 de Courrier international explorent des thèmes liés à la culture et aux traditions. En Provence, la pistache, surnommée l'or vert, fait son retour après avoir disparu au XIXe siècle, remplaçant partiellement les vignes en raison du réchauffement climatique. Aux Pays-Bas, le quotidien Volkskrant y voit une piste pour s'adapter à la crise climatique. En Turquie, un article du Süddeutsche Zeitung Magazin met en lumière le rôle des femmes dans la production viticole, un secteur souvent dominé par les hommes. Ces exemples illustrent comment les traditions locales peuvent offrir des solutions face aux défis modernes.
Deux articles de 2026 abordent les normes de beauté et leur impact sur les femmes. Dans The Guardian, Nesrine Malik, chroniqueuse d'origine soudanaise, questionne l'effet des médicaments amaigrissants comme l'Ozempic sur les diasporas africaines en Europe. Elle dénonce une forme d'acculturation aux normes occidentales de minceur. En contrepoint, The Observer relate un phénomène inverse en Afrique de l'Est, où certaines femmes cherchent à grossir, un mouvement baptisé le phénomène Ozempic inversé. Ces articles soulignent la diversité des perceptions corporelles à travers le monde et les tensions culturelles qui en découlent.
Plusieurs reportages de l'édition estivale 2026 explorent des villes marquées par l'histoire et les bouleversements. À Bagdad, la capitale irakienne, le journaliste Ben Buckland décrit dans *Foreign Policy* une ville composée de couches architecturales superposées, allant des édifices ottomans aux bâtiments futuristes des années 1970. Aujourd'hui, la question se pose de savoir quoi rénover ou conserver face à une nouvelle ville en construction. Par ailleurs, un article du site suédois *Engelsberg Ideas* revient sur la crise de Suez en 1956, lorsque l'Égypte a nationalisé le canal, provoquant une intervention militaire avortée de la France et du Royaume-Uni. Cet événement a marqué la fin de leur statut de grandes puissances.

