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Pourquoi l’algue « Ostreopsis » envahit-elle la côte basque chaque été ?

The Conversation France · mis à jour il y a 16 j

Vue sous-marine d’un amas de mucus et de cellules d’Ostreopsis à la surface de l’eau. Rodolphe Lemée et Eva Ternon , Fourni par l'auteur Les proliférations de la microalgue Ostreopsis , fréquentes depuis une vingtaine d’années sur le pourtour méditerranéen, ont émergé sur les côtes du Pays basque depuis 2021.

Une algue brune envahissante

Depuis 2021, la côte basque observe chaque été l’apparition de nappes d’eau brunâtre le long de ses plages. Cette coloration est causée par la prolifération d’une microalgue nommée Ostreopsis, invisible à l’œil nu en temps normal. En se développant massivement, ces organismes unicellulaires produisent un pigment brun appelé peridinine, qui modifie la couleur de l’eau. Les efflorescences, ou blooms, surviennent généralement en période de calme et de chaleur, avec des températures supérieures à 21°C. Les zones rocheuses peu profondes, comme celles du Pays basque, offrent des conditions idéales à leur croissance. Les nappes brunes peuvent s’étendre sur plusieurs mètres et se déplacer avec les courants marins, avant de disparaître après environ 20 jours en moyenne.

Rôle écologique des microalgues

Les microalgues, dont Ostreopsis, jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes marins et le climat. Elles participent à la pompe biologique océanique en absorbant le dioxyde de carbone (CO₂) via la photosynthèse et en le stockant sous forme de carbone organique. Elles constituent également la base de la chaîne alimentaire marine, nourrissant des organismes plus grands comme les poissons ou les crustacés. Cependant, certaines espèces, comme Ostreopsis, peuvent devenir problématiques lorsque leur prolifération dépasse les seuils naturels. Leur accumulation dans l’eau ou leur libération dans l’air sous forme d’embruns peut alors avoir des effets indésirables sur la santé humaine et les activités côtières.

Symptômes et risques sanitaires

Les proliférations d’Ostreopsis sont associées à des irritations respiratoires chez les personnes exposées à ses embruns, comme les baigneurs ou les riverains. Les symptômes observés incluent toux, rhinite, symptômes grippaux ou gastriques, similaires à ceux d’une allergie. En 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a recommandé la fermeture des plages lorsque la concentration dépasse 100 000 cellules d’Ostreopsis par litre d’eau. En 2025, des concentrations record de 600 000 cellules par litre ont été mesurées à Biarritz, entraînant des fermetures préventives. Les mécanismes exacts reliant ces algues aux symptômes restent encore mal compris, mais plusieurs hypothèses sont étudiées, comme la présence de phycotoxines ou de protéines inflammatoires dans les embruns.

Origine et expansion d’Ostreopsis

Les espèces Ostreopsis sp.9 et Ostreopsis cf. ovata ont colonisé le littoral basque depuis 2019. Contrairement à d’autres microalgues, elles se développent principalement au fond de l’eau, sur des substrats rocheux ou des macroalgues. Cependant, une partie de leurs cellules se détache et remonte à la surface, formant des amas visibles. Leur installation au Pays basque pourrait s’expliquer par un transport depuis des régions plus au sud ou depuis la Méditerranée, via les courants marins. Les conditions locales, comme la topographie rocheuse et les eaux peu profondes, favorisent leur prolifération, avec deux à trois efflorescences par été depuis cinq ans.

Ce que ça pourrait changer

Pour mieux comprendre les impacts d’*Ostreopsis* sur la santé et l’environnement, un projet de recherche nommé *Ostreobila* est en cours au Pays basque. Financé par des institutions locales, il vise à étudier les liens entre les proliférations algales, la toxicité des embruns et les symptômes observés. Les scientifiques explorent plusieurs pistes, comme l’émission de gaz ou de molécules toxiques par les algues, ou encore les réactions atmosphériques secondaires. Les résultats pourraient permettre d’affiner les seuils de sécurité et d’adapter les mesures de prévention, comme les fermetures de plages. Ce projet s’inscrit dans une démarche de surveillance quotidienne des concentrations cellulaires, déjà mise en place par les autorités locales.

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