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Géopolitique

Opération Prométhée : la France peut gagner la course à l’IA. Quel en serait le prix ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 29 j

Une pièce de doctrine à l'attention du prochain président de la République et de ses électeurs. L’article Opération Prométhée : la France peut gagner la course à l’IA.

IA moteur économique

L’intelligence artificielle (IA) est identifiée comme le principal moteur de la croissance économique à l’horizon 2030. Dans les entreprises les plus avancées, la part des dépenses consacrées à l’IA atteint déjà plus de 10% des salaires, et cette proportion devrait encore augmenter. Aux États-Unis, l’IA est déjà le principal levier de croissance, devant d’autres secteurs traditionnels. Cette technologie transforme les processus industriels, optimise la productivité et redéfinit les modèles économiques. Son adoption massive et rapide pourrait entraîner un décrochage économique pour les pays qui n’y auraient pas accès de manière autonome.

Dépendance stratégique

Ne pas maîtriser l’IA de manière autonome expose un pays à une dépendance critique envers des puissances étrangères. Importer des modèles d’IA revient à dépendre d’autrui pour une part croissante de sa productivité, de sa puissance industrielle et de sa sécurité nationale. La France ne possède aujourd’hui aucun modèle d’IA de frontière (niveau le plus élevé), et les restrictions américaines récentes sur les exportations de modèles avancés, comme ceux d’Anthropic, illustrent les risques de cette situation. Sans action forte, la France pourrait se retrouver soumise au bon vouloir des États-Unis ou de la Chine pour accéder à des technologies essentielles.

Laboratoire de frontière

Un laboratoire de frontière en IA désigne une structure capable de développer des modèles d’intelligence artificielle parmi les plus avancés au monde, en suivant et en repoussant constamment les limites technologiques. Ces laboratoires doivent disposer de ressources colossales : puissance de calcul élevée (mesurée en gigawatts, GW), équipes de chercheurs hautement qualifiés, accès à des données massives et infrastructures adaptées. Aujourd’hui, seuls les États-Unis et la Chine abritent de tels laboratoires. La France, bien que disposant d’atouts comme son parc nucléaire et des talents reconnus, est encore loin de pouvoir rivaliser sans un effort massif et concentré de l’État.

Objectifs techniques ambitieux

Le projet Opération Prométhée propose de créer en France un laboratoire de frontière d’ici 2029, avec des objectifs techniques précis. Il s’agit d’atteindre une puissance de calcul de 12 gigawatts (GW) d’ici 2029, avec une progression en trois étapes : 2 GW en 2027, 7 GW en 2028 et 12 GW en 2029. Ce niveau correspond à celui des grands laboratoires américains. Le projet vise également à attirer 1 700 chercheurs de renom et à être capable d’entraîner des modèles de pointe d’ici 2029. Ces objectifs sont jugés réalisables selon les auteurs de la note.

Coût historique du projet

Le financement de l’Opération Prométhée représente un effort budgétaire sans précédent pour la France. Les coûts s’élèvent à 170 milliards de dollars (Md$) dès 2027, plus de 300 Md$ en 2029, pour un cumul de 700 Md$ sur trois ans. La majeure partie de ce budget (95%) est consacrée au calcul (puissance de calcul, infrastructures). Cela représenterait entre 4,5% et 8% du PIB français, dont 1,5% d’investissement public annuel. Ce projet constituerait une décision budgétaire centrale pour le mandat du futur président de la République. Le reste du financement proviendrait d’investissements privés et de capitaux publics ou privés d’autres puissances moyennes intéressées par le projet.

Architecture du projet

L’Opération Prométhée propose une architecture en deux blocs distincts. Le premier est un laboratoire scientifique autonome, où l’État ne détiendrait qu’une part minoritaire (25%) mais conserverait des outils de contrôle stratégique. Le second bloc concerne un programme d’infrastructures (calcul, énergie, foncier), entièrement piloté par la puissance publique. Ce programme s’appuierait sur une loi Prométhée dérogatoire pour accélérer les procédures administratives et un volet de programmation financière dédié. Cette séparation vise à concilier efficacité scientifique et contrôle stratégique.

Défis majeurs à relever

Deux obstacles principaux se dressent face à la réalisation de l’Opération Prométhée. Le premier est l’énormité du coût et son acceptabilité politique dans une démocratie, alors que l’IA suscite des oppositions fortes. Le second défi est l’approvisionnement en puces électroniques, essentiel pour le calcul. La France dépendrait initialement de fournisseurs étrangers, notamment Nvidia et l’administration américaine, ce qui pose un risque de blocage. Ces dépendances initiales pourraient compromettre la souveraineté du projet si elles ne sont pas résolues rapidement.

Alternatives insuffisantes

Les solutions alternatives à un laboratoire de frontière autonome, comme le recours à l’open source ou la négociation d’une interdépendance avec les États-Unis ou la Chine, ne garantissent pas une autonomie réelle. Ces approches exposent à des risques de dépendance ou de restrictions unilatérales, comme le montrent les récentes décisions américaines sur les exportations de modèles d’IA. La question centrale reste donc : les défenseurs de la souveraineté française sont-ils prêts à assumer le coût politique et financier d’une telle indépendance technologique ?

Contexte géopolitique

Les États-Unis et la Chine dominent actuellement la course à l’IA, avec des laboratoires comme Anthropic ou OpenAI aux États-Unis et des acteurs chinois comme Zhipu. Les restrictions américaines récentes, comme les contrôles à l’exportation sur les modèles Mythos et Fable 5 d’Anthropic en juin 2026, illustrent une nouvelle ère où l’accès à l’IA devient une ressource aussi stratégique que l’électricité ou le pétrole. Dans ce contexte, l’IA n’est plus seulement un outil technologique, mais un enjeu de puissance et de sécurité nationale. La France et l’Europe doivent choisir entre dépendre de ces puissances ou développer leur propre capacité.

Ce que ça pourrait changer

L’effort financier requis par l’*Opération Prométhée* est comparé à des projets historiques majeurs en France. Il dépasse le coût d’un nouveau porte-avions et s’apparente davantage au *plan Messmer*, qui a mobilisé plus de 1% du PIB français pour développer le parc nucléaire dans les années 1970. Ce projet représenterait un engagement budgétaire central pour le mandat présidentiel, nécessitant une volonté politique forte et une mobilisation exceptionnelle des ressources publiques et privées. Son succès dépendrait de la capacité à surmonter les blocages structurels et à fédérer les acteurs autour d’un objectif commun.

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