Les rumeurs qui ont changé le monde 3/10 : "Les pyramides sont des centrales électriques"
En 2023, une interview de l'artiste Gims devient virale : les Égyptiens maîtrisaient déjà l'électricité il y a plus de quatre millénaires. D'où vient cette rumeur ? Que dit-elle de la place de l'Afrique dans l'histoire ? Peut-on être fasciné par les pyramides sans céder aux théories alternatives ?.
En 2023, une interview de l'artiste Gims devient virale sur les réseaux sociaux. Il y affirme que les Égyptiens maîtrisaient l'électricité il y a plus de quatre millénaires, suggérant que les pyramides fonctionnaient comme des centrales électriques. Cette théorie s'inscrit dans une série de podcasts intitulée Les rumeurs qui ont changé le monde, diffusée sur France Culture. Elle repose sur une interprétation alternative de l'histoire égyptienne, mêlant fascination pour les pyramides et revendications identitaires. Les pyramides, construites il y a environ 4 500 ans, sont des monuments emblématiques de l'Égypte antique, dont la fonction exacte reste partiellement mystérieuse pour les archéologues.
Selon Franck Monnier, ingénieur et égyptologue spécialisé dans l'architecture égyptienne, les pyramides n'ont jamais servi de centrales électriques. Leur fonction principale était probablement religieuse et funéraire : elles servaient de tombeaux aux pharaons, comme la pyramide de Khéops pour le pharaon Khéops. Les Égyptiens de l'époque ne disposaient pas des connaissances techniques nécessaires pour concevoir des systèmes électriques. Les pyramides sont des structures massives, composées de millions de blocs de pierre, dont l'assemblage relève d'une ingénierie avancée pour l'époque, mais sans lien avec l'électricité.
Jean-Loïc Le Quellec, anthropologue et spécialiste des mythes, explique que cette rumeur s'inscrit dans une volonté de réécrire l'histoire africaine. Elle vise à attribuer aux pharaons noirs une maîtrise technologique avancée, reprise ensuite par les Grecs, les Romains et les puissances coloniales européennes. Cette théorie cherche à contester la vision occidentale de l'histoire et à revendiquer un héritage culturel africain. Elle reflète une remise en cause des récits historiques traditionnels, où l'Afrique serait à l'origine de progrès scientifiques ultérieurement attribués à l'Europe.
Franck Monnier alerte sur la propagation de ces théories alternatives, qui s'immiscent même dans des publications scientifiques prestigieuses. Il y voit un rejet de l'expertise et une forme de narcissisme où l'opinion individuelle, forgée par des recherches rapides sur Internet, prime sur le consensus scientifique. Ce phénomène illustre une défiance croissante envers les institutions et les experts, où la connaissance serait désormais accessible à tous via des sources non vérifiées. Cette tendance ouvre une « boîte de Pandore » de désinformation, difficile à contrôler.
Jean-Loïc Le Quellec qualifie ces théories de « mythologie contemporaine », où des éléments archéologiques sont utilisés pour étayer des thèses préconçues, sans fondement factuel. Il souligne que ces fake news archéologiques illustrent une tendance à instrumentaliser l'histoire pour des causes politiques ou identitaires. Face à ce phénomène, il plaide pour une intervention médiatique active des chercheurs, afin de rétablir les faits et de sensibiliser le public à la rigueur scientifique. L'objectif est de faire basculer les citoyens de bonne foi du côté du savoir scientifique.
Les deux experts, Franck Monnier et Jean-Loïc Le Quellec, insistent sur la responsabilité des médias et des chercheurs dans la lutte contre ces rumeurs. Ils soulignent l'importance de communiquer clairement sur les découvertes archéologiques et de démystifier les théories alternatives. Leur approche vise à concilier fascination pour l'histoire égyptienne et rigueur scientifique, en évitant de céder aux interprétations fantaisistes. Cette démarche s'inscrit dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient la diffusion de contenus non vérifiés, rendant cruciale la vulgarisation des connaissances.

