Religieuses, des histoires de sœurs 2/4 : Les gardiennes du soin
Longtemps présentes dans les hôpitaux, les écoles, les hospices, les orphelinats, les religieuses ont incarné un care institutionnel avant la création des services publics. Certaines continuent encore aujourd’hui de faire soin..
Longtemps, les religieuses ont occupé une place centrale dans les structures de soin et d’accompagnement social en France. Elles travaillaient dans les hôpitaux, les écoles, les hospices ou encore les orphelinats, bien avant que l’État ne crée des services publics dédiés. Leur mission consistait à prodiguer des soins, à éduquer ou à soutenir les plus vulnérables. Cette présence s’est progressivement réduite à partir des années 1990, avec la professionnalisation des métiers du soin et la laïcisation des établissements médicaux-sociaux. Pourtant, certaines communautés religieuses continuent d’exercer ce rôle, comme celles de Plougastel dans le Finistère, où des sœurs accompagnent les résidents d’un EHPAD et soutiennent les équipes soignantes. Leur action s’étend même aux soins palliatifs, où elles interviennent pour soulager les familles et le personnel en fin de vie.
Au-delà des soins médicaux, certaines religieuses s’investissent dans des missions sociales, comme l’accompagnement vers l’insertion professionnelle. Par exemple, Jocelyne, une religieuse de la congrégation de la Xavière, consacre son énergie à aider des jeunes en difficulté à trouver un emploi ou à se réinsérer dans la société. D’autres, comme Vanna et Claudia, choisissent de vivre au cœur des quartiers populaires, dans des tours HLM proches du périphérique parisien. Leur présence sur le terrain leur permet d’être plus accessibles et de créer du lien avec les habitants. Elles s’inspirent de l’esprit de leur fondateur, Charles de Foucauld, qui prônait une vie religieuse proche des plus démunis. Leur objectif est double : transmettre l’Évangile et répondre aux besoins concrets des personnes, que ce soit par une écoute, un service ou une présence rassurante.
L’essor de la vie religieuse féminine sous une forme apostolique, c’est-à-dire hors du cloître, date du XIXe siècle. À cette époque, entrer dans une congrégation offrait aux femmes des avantages majeurs. Cela leur permettait d’échapper à un célibat souvent subordonné à des contraintes familiales ou sociales. Elles bénéficiaient également d’une sécurité matérielle, avec un toit, une alimentation et des soins garantis jusqu’à leur mort. Enfin, la vie religieuse représentait un espace d’activité professionnelle à une époque où les métiers accessibles aux femmes étaient très limités. L’historienne Anne Jusseaume souligne que cette voie offrait une forme d’émancipation, tout en restant encadrée par les règles de l’Église. Les religieuses pouvaient ainsi exercer des rôles variés, du soin à l’éducation, en passant par l’aide sociale, tout en participant à la vie de la société.
Aujourd’hui, quelques communautés religieuses perpétuent cette tradition du soin et de l’accompagnement. À Plougastel, dans le Finistère, trois sœurs originaires du Sénégal et du Togo travaillent dans un EHPAD, en collaboration avec les équipes soignantes. Leur rôle inclut l’accompagnement des résidents en fin de vie, un soutien aux familles et une présence constante, de jour comme de nuit. Leur action illustre une forme de care institutionnel, où la dimension humaine et spirituelle s’allie au soin médical. D’autres religieuses, comme celles des Petites Sœurs de l’Évangile, choisissent de vivre au plus près des populations, dans des quartiers défavorisés, pour offrir une présence discrète mais essentielle. Leur engagement montre que, malgré la réduction de leur nombre, leur rôle reste pertinent dans des domaines où l’humain prime sur la technique.
La présence des religieuses dans les structures de soin et d’éducation s’inscrit dans un contexte historique marqué par l’absence de services publics organisés. Au XIXe siècle, les congrégations féminines se sont multipliées, offrant aux femmes une alternative au mariage ou à la vie domestique. Leur travail, souvent bénévole ou peu rémunéré, a permis de pallier les carences de l’État dans des domaines comme la santé ou l’éducation. Cependant, à partir des années 1990, la professionnalisation des métiers du soin et la laïcisation des établissements ont conduit à leur retrait progressif. Malgré cela, certaines communautés ont su s’adapter, en se recentrant sur des missions spécifiques comme l’accompagnement des personnes âgées ou l’insertion professionnelle. Leur histoire reflète les tensions entre tradition et modernité, entre engagement spirituel et adaptation aux besoins contemporains.

