Faut-il limiter le temps d’écran des enfants ? Les pédiatres américains revoient leur position
Les écrans ne se résument pas au nombre d’heures passées devant eux, rappellent les pédiatres. Helena Lopes/pexels , CC BY-SA Après le vote d’une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, le débat sur les écrans s’intensifie en France.
En janvier 2026, l’Académie américaine de pédiatrie (American Academy of Pediatrics, AAP) a abandonné ses anciennes recommandations qui limitaient strictement le temps d’écran pour les enfants et adolescents. Ces nouvelles directives marquent un tournant en abandonnant les limites horaires fixes, jugées obsolètes, pour une approche plus nuancée. L’AAP reconnaît désormais que les effets des écrans dépendent davantage des contenus consultés, du contexte familial et de l’âge des enfants que du simple temps passé devant un écran. Cette évolution s’inscrit dans un débat international où plusieurs pays, comme l’Australie, le Danemark, la France et le Royaume-Uni, ont récemment adopté des lois restreignant l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ou 15 ans. Aux États-Unis, plus de 30 États avaient déjà légiféré sur l’usage des téléphones portables dans les écoles primaires et secondaires en 2026.
Jusqu’en 2016, l’AAP recommandait de limiter le temps d’écran récréatif à deux heures maximum par jour pour les enfants de 5 à 18 ans, afin de réduire les risques de troubles du sommeil, de cyberharcèlement ou de manque d’activité physique. Ces règles avaient été établies à une époque où les médias numériques étaient principalement fixes, comme la télévision. Avec l’arrivée des smartphones et des usages variés d’Internet, ces limites sont devenues difficiles à appliquer et moins pertinentes. Les nouvelles recherches montrent que les activités en ligne, comme l’éducation, les interactions sociales ou les loisirs, sont désormais essentielles au développement des jeunes. Par exemple, l’enseignement à distance pendant la pandémie de Covid-19 a accéléré cette numérisation du quotidien.
Pour les enfants de moins de 18 mois, l’AAP et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandent d’éviter totalement les écrans, car une utilisation prolongée sans accompagnement peut freiner leur développement. Entre 18 mois et 2 ans, si un écran est utilisé, il doit être réservé à des contenus interactifs favorisant les échanges avec un adulte, comme des applications pédagogiques. Pour les 2 à 5 ans, le temps d’écran peut être un peu plus autonome, mais limité à environ une heure par jour pour des contenus éducatifs. Pour les enfants d’âge scolaire et les adolescents, les nouvelles recommandations invitent à évaluer les activités en ligne en fonction du contexte global de leur vie quotidienne, sans imposer de limites horaires strictes.
Les nouvelles directives soulignent que toutes les activités en ligne n’ont pas les mêmes effets sur le développement des enfants. Par exemple, faire défiler passivement des vidéos sur un réseau social n’a pas les mêmes conséquences que discuter en visioconférence avec des amis ou collaborer dans un jeu vidéo multijoueur. Les recherches montrent que les jeunes qui pratiquent une diversité d’activités numériques, comme la navigation sur Internet, les jeux en ligne ou les interactions sur les réseaux sociaux, présentent de meilleurs indicateurs en matière de liens sociaux, d’exploration de leur identité et d’apprentissage. Ces activités peuvent contribuer à développer des compétences cognitives et relationnelles utiles dans la vie quotidienne et à l’école.
Les parents et les adultes responsables jouent un rôle clé dans l’encadrement des usages numériques des enfants. Les nouvelles recommandations de l’AAP suggèrent de privilégier le dialogue et le soutien plutôt qu’un contrôle strict. Les adultes doivent d’abord s’interroger sur leurs propres habitudes numériques, car les enfants peuvent reproduire les comportements excessifs des parents. L’outil Family Media Plan, proposé par l’AAP, aide les familles à réfléchir aux besoins de chaque enfant, aux activités que les écrans pourraient remplacer, et aux moments à consacrer à des échanges en présentiel, comme les repas. L’objectif est de trouver un équilibre entre les bénéfices des écrans et les risques potentiels.
Le débat sur le temps d’écran des jeunes est en constante évolution, influencé par des recherches scientifiques de plus en plus nombreuses. Plusieurs pays ont récemment adopté des lois restrictives, comme l’Australie qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans en décembre 2025. En France, une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adoptée en 2026. Ces mesures s’appuient sur des inquiétudes concernant les effets des écrans sur la santé mentale des adolescents. Cependant, les nouvelles recommandations de l’AAP et de l’OMS montrent que les solutions universelles, comme les limites horaires strictes, ne sont pas adaptées à la diversité des usages numériques et des besoins des enfants.

