Méduses, moustiques et colibris : comment font-ils pour goûter leurs aliments alors qu’ils n’ont pas de langue ?
L’ESSENTIEL Le goût est loin d’être le privilège de la langue humaine. L’évolution a créé bien des manières de goûter sa nourriture.
Les méduses, dépourvues de cerveau et de langue, possèdent un système de détection chimique leur permettant de goûter leurs proies. Leur corps est équipé d’un réseau de neurones appelé réseau nerveux, ainsi que d’organes sensoriels appelés rhopalies, situés sur le bord de leur cloche (ombrelle). Ces organes perçoivent la lumière et détectent des signaux chimiques, comme le glutathion, une molécule libérée par les cellules vivantes endommagées. Lorsqu’une proie touche leurs tentacules, ce signal déclenche un réflexe alimentaire : la bouche s’ouvre pour ingérer la proie. Ce mécanisme, observé chez les méduses et les hydres, fonctionne sans besoin de décision cognitive. Les récepteurs impliqués, similaires à ceux du goût et de l’odorat chez les vertébrés, existeraient depuis plus de 600 millions d’années, bien avant l’apparition des premiers animaux à cerveau.
Pour les moustiques femelles, le goût est une question de survie. Avant de piquer, elles utilisent les récepteurs situés sur leurs pattes pour analyser la peau. Les molécules amères, perçues comme désagréables, les dissuadent de piquer, un mécanisme exploité par les répulsifs comme le DEET (N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide), qui active ces récepteurs tout en brouillant leur odorat. Une fois la peau percée, leur pharynx, doté de nerfs gustatifs, détecte l’adénosine triphosphate (ATP), une molécule abondante dans le sang, confirmant la présence d’une source de nourriture. En dehors de la reproduction, les moustiques se nourrissent de nectar grâce à des récepteurs sucrés, similaires à ceux des abeilles. Leur régime alterne donc entre sang et nectar, chacun nécessitant des capteurs chimiques spécifiques.
Les colibris, capables de voler en stationnaire pour se nourrir de nectar, n’ont pas de récepteurs sensoriels dédiés au goût sucré. Pourtant, ils distinguent les solutions sucrées de l’eau pure. Chez les vertébrés, la détection du sucré repose généralement sur un récepteur protéique composé de deux sous-unités. Les colibris, ayant perdu l’une de ces sous-unités, ont réutilisé le récepteur de l’umami (saveur associée aux acides aminés, comme dans le soja) pour détecter les sucres. Cette adaptation moléculaire leur permet de repérer les fleurs les plus riches en nectar, essentiel pour leur métabolisme rapide et leur vol énergétique. D’autres oiseaux nectarivores présentent des adaptations similaires, bien que les mécanismes exacts varient.
Les méduses, moustiques et colibris illustrent la diversité des mécanismes de détection chimique chez les animaux. Leur point commun réside dans l’utilisation de **récepteurs moléculaires** capables de reconnaître des signaux chimiques et d’induire une réponse adaptée. L’évolution a façonné ces systèmes en réutilisant, modifiant ou perdant des composants existants. Par exemple, les récepteurs du goût et de l’odorat chez les cnidaires (méduses, hydres) remontent à plus de 600 millions d’années, bien avant l’apparition des vertébrés. Chez les colibris, la perte d’un composant du récepteur sucré a été compensée par une adaptation du récepteur de l’umami. Ces exemples montrent que le goût n’est pas une exclusivité de la langue humaine, mais une méthode universelle d’échange chimique avec l’environnement.

