«Même au-delà de 2100, le niveau de la mer continuera d’augmenter» : les solutions du Mont-Saint-Michel face au changement climatique
Perché sur son rocher de granit depuis plus de mille ans, le Mont-Saint-Michel semble immuable. Pourtant, autour de lui, la baie change : montée des eaux, recul des prés salés, épisodes de sécheresse.
Le Mont-Saint-Michel, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, est le deuxième site touristique le plus visité de France après l’Arc de Triomphe, avec plus de 2,8 millions de touristes par an. Situé en Normandie, ce site unique alterne entre île et presqu’île selon les marées, attirant des visiteurs du monde entier pour son abbaye médiévale et ses paysages variés. Son isolement temporaire lors des grandes marées en fait un lieu mythique, mais aussi vulnérable face aux transformations environnementales actuelles. Les paysages qui l’entourent, comme les prés salés ou les étendues de sable, sont façonnés par les marées et jouent un rôle clé dans la biodiversité locale.
Le niveau de la mer augmente plus rapidement qu’auparavant : au 20ème siècle, la hausse était d’environ 2 millimètres par an, contre 4 millimètres aujourd’hui, et cette tendance devrait s’accélérer. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) normand, le niveau moyen de la mer pourrait s’élever jusqu’à 80 centimètres d’ici 2100 par rapport à la période 1995-2014. Cette élévation est principalement due à deux phénomènes : la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que la dilatation de l’eau des océans sous l’effet du réchauffement climatique. Ces changements menacent directement les écosystèmes côtiers et les infrastructures humaines, comme le montrent les projections pour le Mont-Saint-Michel.
Les prés salés, ces zones végétalisées recouvertes par les marées et connues pour l’élevage de moutons, sont particulièrement vulnérables à la montée des eaux. Ces écosystèmes se maintiennent grâce aux sédiments déposés par les marées, qui leur permettent de gagner en altitude et de rester au même niveau que la mer. Cependant, si l’eau monte plus vite que ces dépôts ne s’accumulent, les prés risquent d’être submergés et de disparaître localement. À cela s’ajoutent les épisodes de sécheresse, qui accélèrent l’évaporation de l’eau et perturbent la reproduction de certaines espèces, comme le pélodyte ponctué, un petit crapaud menacé. Ces milieux abritent une grande biodiversité, incluant amphibiens, insectes, oiseaux et reptiles.
Pour faire face à ces défis, des aménagements ont déjà été réalisés au Mont-Saint-Michel. Entre 2006 et 2015, un grand chantier a permis de restaurer le caractère maritime du site en déplaçant le parking, autrefois situé au pied du Mont, à plusieurs kilomètres de distance. Des navettes assurent désormais les trajets, et une passerelle a été construite pour rester fonctionnelle même avec une montée des eaux allant jusqu’à 80 centimètres. Ces infrastructures sont régulièrement contrôlées pour s’assurer qu’elles résistent aux vagues, aux tempêtes et aux variations de température. Par ailleurs, des zones humides ont été créées en arrière-littoral pour limiter la disparition de la biodiversité, et des mares ont été approfondies pour stocker plus longtemps l’eau.
L’Établissement public national du Mont-Saint-Michel collabore avec des scientifiques pour surveiller l’évolution du site et de sa biodiversité. Le programme Sentinelles du climat en Normandie suit notamment l’état des tritons, des papillons et du lézard vivipare, une espèce indicatrice des conditions climatiques. Les observations permettent d’anticiper les changements et de définir des stratégies d’adaptation, comme la création de nouvelles zones humides ou le recul des infrastructures. Cependant, les gestionnaires soulignent qu’il est encore trop tôt pour prendre des décisions définitives, car les transformations se produiront sur plusieurs décennies.
Même après 2100, le niveau de la mer continuera d’augmenter, ce qui obligera à adapter en permanence les infrastructures et les écosystèmes. Le programme *Adapto+*, mené avec le Conservatoire du littoral, étudie notamment le recul du trait de côte, qui pourrait réduire l’étendue des prés salés et menacer les habitations voisines. Par exemple, à Saint-Jean-le-Thomas (Manche), le recul du trait de côte a dépassé 2,5 mètres par an entre 1992 et 2021. Les gestionnaires du Mont reconnaissent qu’il est difficile de se projeter aussi loin, mais ils savent que des adaptations seront nécessaires pour préserver ce site emblématique et ses paysages uniques.

