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Géopolitique

En Belgique, un quart des femmes pourrait n’avoir jamais d’enfant

Courrier International · mis à jour il y a 24 j

Pour mesurer la baisse de la natalité, une équipe de chercheurs propose un indicateur plus parlant que l’habituel taux de fécondité. Plutôt que de calculer le nombre d’enfants moyen par femme, ils formulent une projection du taux de non-passage à la parentalité en fonction des conditions économiques et sociétales.

Un quart des femmes sans enfant

En Belgique, une étude récente estime que 25 % des femmes pourraient ne jamais avoir d’enfant. Ce chiffre provient d’un nouvel indicateur appelé taux d’infécondité de période, qui mesure la proportion de femmes en âge de procréer qui n’auront pas d’enfant si les conditions actuelles persistent. Ce taux varie fortement selon les pays : il atteint 45 % en Corée du Sud, 33 % en Finlande, au Japon ou en Espagne, contre 25 % en Belgique. Contrairement au taux de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme), cet indicateur ne se base pas sur une moyenne, mais sur une projection des comportements futurs. Par exemple, en 2024, le taux de fécondité en Belgique était de 1,5 enfant par femme, bien en dessous du seuil de renouvellement de la population, fixé à 2,1 enfants par femme.

Un indicateur innovant

Les chercheurs de l’université de Louvain-la-Neuve (UCL) en Belgique ont développé ce nouvel indicateur pour mieux comprendre la baisse de la natalité. Le taux d’infécondité de période calcule le pourcentage de femmes qui n’auront probablement jamais d’enfant en fonction des tendances actuelles. David de la Croix, professeur d’économie et coauteur de l’étude, explique que cet indicateur permet de mesurer l’impact des conditions économiques et sociétales sur la parentalité. Par exemple, si les conditions actuelles de première naissance (âge, stabilité financière, etc.) se maintiennent, le taux de non-parentalité resterait très élevé. Cet outil met en lumière le fait que l’infécondité n’est plus un phénomène marginal, mais une tendance centrale dans les sociétés modernes.

Les causes de l'infécondité

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance à ne pas avoir d’enfant. D’abord, les conditions matérielles jouent un rôle clé : un revenu insuffisant, un emploi précaire, un logement inadapté ou trop cher, ou encore la difficulté à concilier vie familiale et carrière professionnelle. Ensuite, l’incertitude économique, écologique ou politique pousse de nombreuses personnes à reporter leur projet d’enfant, voire à y renoncer. Les chercheurs soulignent aussi l’évolution des normes sociales : le choix de ne pas avoir d’enfant est désormais plus accepté et moins stigmatisé qu’auparavant. Enfin, l’infécondité biologique prend une nouvelle dimension lorsque les projets d’enfant sont repoussés à des âges où la fertilité diminue naturellement.

Conséquences démographiques

Cette baisse de la natalité a des répercussions majeures sur la société. Un taux d’infécondité élevé signifie une population vieillissante, avec moins d’actifs pour soutenir les inactifs (retraités, enfants, etc.). Cela peut entraîner une insuffisance de main-d’œuvre, une baisse des inscriptions scolaires, ou encore une augmentation des besoins en santé pour une population âgée. En Europe, tous les pays sont concernés : en 2024, le taux de fécondité allait de 1,75 au Monténégro à moins de 1,2 en Italie, en Espagne ou à Malte. La France affichait un taux de 1,61, tandis que la Corée du Sud détenait le record mondial avec 0,72 enfant par femme en 2023. Ces chiffres illustrent l’ampleur du défi démographique auquel sont confrontés de nombreux pays.

Ce que ça pourrait changer

La Belgique se situe dans la moyenne européenne avec un taux d’infécondité de 25 %, mais d’autres pays font face à des situations encore plus critiques. La Corée du Sud, par exemple, affiche un taux de 45 %, le plus élevé au monde. Le Japon, l’Espagne et la Finlande suivent avec environ un tiers de femmes sans enfant. Ces différences s’expliquent par des contextes économiques, culturels et politiques distincts. Par exemple, au Japon, la pression professionnelle et les normes sociales traditionnelles rendent la parentalité difficile, tandis qu’en Corée du Sud, l’incertitude économique et la précarité des jeunes générations jouent un rôle majeur. Ces comparaisons soulignent que la baisse de la natalité n’est pas un phénomène uniforme, mais dépend de facteurs locaux.

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