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Démence : une étude révèle que la consommation régulière de fromage pourrait jouer un rôle protecteur face à un enjeu de santé mondiale

Science & Vie · mis à jour il y a 16 j

Une vaste étude japonaise révèle que la consommation régulière de fromage pourrait réduire le risque de démence chez les personnes âgées. Bien que non miraculeuse, cette habitude alimentaire pourrait avoir un impact significatif dans une population vieillissante..

Démence : un défi mondial

En 2025, plus de 50 millions de personnes dans le monde sont atteintes de démence, un chiffre qui pourrait tripler d’ici 2050 selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette maladie, qui touche principalement les personnes âgées, se caractérise par une perte progressive des fonctions cognitives, comme la mémoire, le raisonnement ou la capacité à réaliser des tâches quotidiennes. Au Japon, pays où la population vieillit rapidement, 12,3 % des plus de 65 ans vivent déjà avec cette maladie. Face à l’absence de traitement curatif, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux facteurs modifiables, comme l’alimentation, pour prévenir ou ralentir son apparition. L’étude japonaise publiée en octobre 2025 dans la revue Nutrients s’inscrit dans cette démarche en explorant le rôle potentiel du fromage dans la réduction du risque de démence.

Une étude japonaise robuste

Pour évaluer l’impact de la consommation de fromage sur le risque de démence, des chercheurs japonais ont analysé les données de 7 914 personnes âgées de 65 ans ou plus, vivant à domicile et sans antécédents de soins de longue durée. Ces participants ont été répartis en deux groupes : ceux consommant du fromage au moins une fois par semaine (3 957 personnes) et ceux n’en mangeant jamais (3 957 personnes). Les chercheurs ont utilisé une méthode statistique appelée propensity score matching pour comparer ces groupes de manière équitable, en tenant compte de variables comme l’âge, le sexe, les revenus, le niveau d’éducation ou l’état de santé. Après trois ans de suivi, 3,4 % des consommateurs de fromage ont développé une démence, contre 4,5 % des non-consommateurs, soit une réduction de 24 % du risque relatif. Cette différence, bien que modeste, reste statistiquement significative.

Nutriments et mécanismes biologiques

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer le lien entre la consommation de fromage et la réduction du risque de démence. Le fromage est une source de vitamine K2, un nutriment liposoluble qui joue un rôle dans la santé vasculaire et le métabolisme du calcium. Des troubles vasculaires, comme l’hypertension ou l’athérosclérose, sont connus pour augmenter le risque de démence vasculaire. La vitamine K2 pourrait donc contribuer à protéger les vaisseaux sanguins, indirectement bénéfique pour le cerveau. Le fromage contient également des protéines et des acides aminés essentiels qui soutiennent le fonctionnement des neurones, ainsi que des peptides bioactifs libérés lors de la fermentation, qui pourraient exercer des effets anti-inflammatoires ou antioxydants. Enfin, certains fromages fermentés, comme le camembert ou le brie, contiennent des probiotiques capables de moduler l’axe intestin-cerveau, un lien de plus en plus étudié dans les maladies neurodégénératives.

Alimentation et habitudes de vie

Les consommateurs de fromage avaient tendance à adopter une alimentation globalement plus saine, incluant davantage de fruits, de légumes, de viande et de poisson, des aliments associés à un meilleur vieillissement cognitif. Pour distinguer l’effet spécifique du fromage de celui d’une alimentation équilibrée, les chercheurs ont ajusté leurs analyses. Après cette correction, la réduction du risque de démence associée au fromage est passée de 24 % à 21 %, mais reste significative. Cela suggère que le fromage pourrait jouer un rôle propre, au-delà d’un simple marqueur d’une bonne hygiène de vie. La fréquence de consommation semble également importante : 72,1 % des participants en mangeaient une à deux fois par semaine, ce qui semble suffisant pour observer un effet. Les consommateurs de fromage présentaient aussi de meilleures capacités à réaliser des activités quotidiennes et moins de plaintes mnésiques, indiquant un meilleur état cognitif initial.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude présente plusieurs limites méthodologiques reconnues par ses auteurs. D’abord, la consommation de fromage n’a été évaluée qu’une seule fois, au début de l’étude, sans tenir compte des quantités ni des changements dans le temps. Ensuite, les données sur la démence proviennent de certifications administratives liées aux assurances dépendance, et non de diagnostics médicaux cliniques, ce qui limite la précision des résultats. De plus, l’étude n’a pas pris en compte des facteurs génétiques comme l’APOE ε4, un gène connu pour augmenter le risque de maladie d’Alzheimer. Enfin, le contexte japonais, où la consommation de fromage est faible (2,7 kg par personne et par an), pourrait influencer l’ampleur de l’effet observé. Malgré ces limites, les chercheurs estiment que leurs résultats justifient des investigations supplémentaires, notamment sur les effets spécifiques des différents types de fromages et leurs interactions avec d’autres facteurs de risque. À terme, ces travaux pourraient inspirer des recommandations alimentaires ciblées pour prévenir le déclin cognitif.

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