Le Tour de France va longer un glacier disparu
Les coureurs du Tour de France savent-ils qu'ils vont longer un glacier disparu ? La Grande Boucle va passer au col de Sarenne, samedi 25 juillet, lors de la 20 e étape entre Le Bourg-d'Oisans et l'Alpe d'Huez (Isère). Au même endroit se trouvait le glacier éponyme, officiellement disparu en 2023.
Le Tour de France 2024 traversera une région des Alpes françaises où un glacier a presque entièrement disparu. Le glacier de Saint-Sorlin, situé en Savoie, a perdu environ 90 % de son volume depuis 1870. Ce phénomène s'inscrit dans une tendance plus large : les Alpes françaises ont vu fondre près de 60 % de leur surface glaciaire entre 1970 et 2020. La fonte des glaciers est un indicateur clé du réchauffement climatique, car elle est directement liée à l'augmentation des températures moyennes. Les scientifiques utilisent le terme ablation pour désigner la perte de masse d'un glacier, qui résulte à la fois de la fonte de la glace et de la sublimation (passage direct de l'état solide à gazeux).
La disparition progressive du glacier de Saint-Sorlin illustre les conséquences du réchauffement climatique en montagne. Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la température moyenne en France a augmenté d'environ 1,7 °C depuis l'ère préindustrielle, avec une accélération notable depuis les années 1980. Dans les Alpes, cette hausse est encore plus marquée : les températures y ont grimpé de 2 °C en moyenne. Cette augmentation favorise la fonte des glaces, mais aussi des événements extrêmes comme les canicules ou les précipitations intenses. Les climatologues parlent de régime de précipitations pour décrire la répartition et l'intensité des pluies ou neiges, qui se modifient avec le climat.
Le parcours du Tour de France 2024 prévoit de longer la vallée où se trouvait autrefois le glacier de Saint-Sorlin, aujourd'hui réduit à une zone rocheuse et quelques plaques de glace résiduelles. Cette étape, prévue entre Saint-Jean-de-Maurienne et Saint-Vulbas, traverse des paysages marqués par cette disparition. Les organisateurs du Tour ont choisi ce tracé pour sensibiliser le public à la fragilité des écosystèmes alpins. Le passage par cette zone rappelle aussi l'urgence d'agir contre le changement climatique, un thème de plus en plus présent dans les communications autour de l'événement sportif.
Les glaciologues, comme ceux du laboratoire CNRS de Grenoble, étudient depuis des décennies l'évolution des glaciers alpins. Leurs travaux montrent que la plupart des glaciers français pourraient disparaître d'ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre (GES) continuent au rythme actuel. Pour mesurer cette évolution, ils utilisent des outils comme les carottes glaciaires (échantillons prélevés dans la glace) ou des satellites équipés de capteurs thermiques. Ces données permettent d'établir des modèles climatiques et de prédire l'impact futur de la fonte des glaces sur les ressources en eau, l'agriculture ou le tourisme.
La disparition du glacier de Saint-Sorlin inquiète les habitants et les acteurs locaux, notamment dans le domaine du tourisme. Les stations de ski voisines, comme Les Karellis ou Valmorel, dépendent en partie des paysages glaciaires pour attirer les visiteurs. Certaines communes ont déjà commencé à diversifier leur économie, en misant sur des activités comme le vélo ou la randonnée. Cependant, la transition reste difficile, car le tourisme hivernal représente encore une part majeure des revenus. Les élus locaux appellent à des politiques publiques plus ambitieuses pour soutenir les territoires touchés par la fonte des glaces.

