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Économie

Benjamin Quennesson : « Les élèves de SES sont intéressés par des réponses nuancées qui mobilisent une diversité d’approches »

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 28 j

Benjamin Quennesson, coprésident de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), revient sur l’histoire des SES et sur leur évolution – critiquée par l’association..

SES fête 60 ans

La discipline des Sciences économiques et sociales (SES) célèbre ses 60 ans en 2026. Créée en 1966 sous l’impulsion du ministre de l’Éducation nationale Christian Fouchet, elle a été expérimentée dans 200 classes de seconde avant de devenir un enseignement pivot de la série B du baccalauréat en 1968. L’objectif initial était de permettre aux élèves de comprendre le monde de manière globale, en croisant l’économie, la sociologie et les sciences politiques. Cette approche interdisciplinaire s’inspire des travaux des historiens Marc Bloch et Lucien Febvre, fondateurs de la revue Annales en 1929, qui prônaient une vision unitaire des sciences sociales. Les SES se distinguent par une pédagogie active, partant du concret (documents, enquêtes) pour aller vers l’abstrait, afin de développer l’esprit critique et la compréhension des enjeux contemporains.

Objectifs historiques

Les SES ont trois objectifs principaux depuis leur création : initier les élèves aux sciences sociales, les former à l’esprit critique et les préparer à l’enseignement supérieur. Ces objectifs ont été définis dès les instructions de 1967 du géographe Marcel Roncayolo, dans la lignée des Annales. Cependant, depuis les années 2010, une évolution notable s’observe avec un recentrage sur la préparation à l’enseignement supérieur, au détriment de la formation à l’esprit critique. Cette bascule s’explique par des pressions externes, notamment du patronat, qui critiquait une image jugée trop pessimiste de l’entreprise dans les programmes de SES. Des acteurs comme Michel Pébereau, ancien PDG de BNP Paribas, ont milité pour une réorientation des programmes vers une vision plus libérale de l’économie.

Réformes des programmes

En 2010, les programmes de SES ont été réécrits sous l’influence du rapport Guesnerie, commandé par le ministre Xavier Darcos. Ce rapport a servi de base à une approche plus cloisonnée des disciplines, séparant économie, sociologie et science politique pour correspondre à l’organisation universitaire. En 2018-2019, la réforme du baccalauréat a accentué ce cloisonnement, avec une réduction de la place accordée aux débats et aux questions vives. Les programmes sont devenus plus techniques, avec une focalisation sur les modèles économiques abstraits, comme ceux promus par l’économiste Philippe Aghion. Cependant, cette approche est critiquée car elle risque de rendre les concepts moins accessibles aux élèves, en les privant de leur application concrète.

Critiques et enjeux actuels

L’Association des professeurs de SES (Apses), qui regroupe environ 2 200 enseignants (soit plus d’un tiers des professeurs de la discipline), dénonce plusieurs problèmes dans les programmes actuels. D’abord, l’allègement des programmes pour l’épreuve écrite du baccalauréat a supprimé des chapitres clés comme ceux sur l’école, les crises financières et la justice sociale, réduisant encore la formation à l’esprit critique. Ensuite, les programmes restent trop techniques et biaisés en faveur de l’économie libérale mainstream. Enfin, les débats en sciences sociales sont parfois évités, comme en témoignait une phrase controversée dans le référentiel de formation des professeurs, qui a finalement été modifiée sous la pression de l’Apses.

Demandes de l’Apses

L’Apses propose une réécriture des programmes pour réintroduire davantage de pluralisme, de débats et de questions environnementales. Les élèves, selon Benjamin Quennesson, co-président de l’association, sont en effet intéressés par des réponses nuancées qui mobilisent plusieurs approches. L’association milite pour une pédagogie active, partant des questions vives et des faits d’actualité, plutôt que de l’enseignement de modèles abstraits. Elle travaille depuis quinze ans à mutualiser des pratiques pédagogiques innovantes, disponibles sur son site internet. Cependant, les contraintes administratives et les effectifs de classe limitent encore la mise en œuvre de ces méthodes.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs ont joué un rôle central dans l’évolution des programmes de SES. Le patronat, via des organisations comme l’Institut de l’entreprise ou *Positive entreprise*, a exercé une pression pour modifier l’image de l’entreprise dans les programmes. Des personnalités politiques, comme Xavier Darcos, ministre de l’Éducation sous François Fillon, ont relayé ces critiques. Des économistes comme Roger Guesnerie ou Philippe Aghion ont également influencé les réformes, en promouvant une approche plus technique et libérale. Enfin, l’Apses, créée en 1971, défend une vision interdisciplinaire et critique des SES, en s’appuyant sur les retours des enseignants du secondaire.

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