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Il se met en arrêt maladie, court un marathon et obtient 60 000 € de son employeur : que s’est-il passé ?

Presse-Citron · mis à jour il y a 7 j

Courir un marathon pendant un arrêt maladie : une bien mauvaise idée, penserait-on. Sauf pour ce salarié néerlandais, qui a rendu fou son employeur au point de le pousser à engager des détectives privés pour le surveiller et vérifier qu'il ne feintait pas.

Droit du travail néerlandais

Aux Pays-Bas, le droit du travail est particulièrement protecteur envers les salariés en arrêt maladie, bien plus que dans la plupart des pays européens. Un employeur ne peut pas licencier un salarié malade sans l’avis d’un médecin du travail indépendant, dont l’expertise est la seule valable pour évaluer l’incapacité du travailleur. Cet avis s’impose à l’entreprise, même si celle-ci doute de la réalité de la maladie. Ce système, considéré comme une référence mondiale en matière de protection sociale, contraste fortement avec le cadre français, où les employeurs disposent de davantage de flexibilité pour licencier un salarié en arrêt. Par exemple, en France, un employeur peut contester un arrêt maladie via un contrôle médical, mais ne peut pas licencier automatiquement sur ce seul motif.

Contexte de l’affaire

L’affaire concerne un employé de l’agence de voyage néerlandaise Prijsvrij, embauché en juillet 2024. En décembre 2024, il pose un arrêt maladie pour des troubles oculaires sévères, sans avoir terminé son premier semestre dans l’entreprise. Coureur de fond régulier, il informe dès janvier 2025 le médecin du travail de son intention de maintenir quatre entraînements hebdomadaires de course à pied, tout en reconnaissant que sa maladie le gêne pour conduire ou travailler sur écran. Le médecin valide cette pratique, estimant que son état ne s’y oppose pas. Cependant, Prijsvrij réagit vivement en janvier 2025, exigeant sa reprise immédiate sous peine de sanctions financières et de récupération de son véhicule de fonction.

Diagnostic confirmé

Entre janvier et avril 2025, la situation s’aggrave. Le médecin du travail déclare l’employé inapte à la reprise à deux reprises, en janvier et février. Des examens complémentaires réalisés en février dans un hôpital ophtalmologique confirment un diagnostic de myasthénie grave, une maladie neuromusculaire auto-immune provoquant des troubles de la vision et des faiblesses musculaires. Prijsvrij refuse cette conclusion et mandate un second médecin du travail en avril, qui confirme à nouveau l’inaptitude et souligne que le stress subi par le salarié pourrait aggraver ses symptômes. Malgré ces avis médicaux convergents, l’entreprise convoque l’employé à un entretien en avril 2025 et le licencie pour faute grave, invoquant un prétendu refus de coopérer de la part de son avocat.

Preuves contestées

Prijsvrij justifie son licenciement par la participation de l’employé au marathon de Rotterdam le 13 avril 2025, qu’il a terminé en moins de 3 heures 30, parmi les 18% des participants les plus rapides. L’entreprise argue que cette performance est « structurellement incompatible » avec sa condition médicale. Pour étayer ses accusations, elle fait appel à un cabinet de détectives privés, Hoffmann Bedrijfsrecherche, qui place l’employé sous surveillance discrète en mars 2025. Les enquêteurs constatent seulement des trajets courts en voiture pour emmener son enfant à l’école, activités déjà mentionnées par le salarié à son médecin. Cette filature, jugée disproportionnée, sera plus tard condamnée par la justice.

Décision de justice

Le tribunal de première instance de Rotterdam donne raison à l’employé en septembre 2025, estimant que Prijsvrij a agi de manière abusive. Le juge qualifie la filature de « mesure disproportionnée » portant une « atteinte grave à la vie privée » du salarié et de sa famille, en violation du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données). L’entreprise est condamnée à verser 10 070,42 € d’indemnités de préavis et de transition, ainsi que 50 000 € d’indemnité équitable pour faute grave patronale, plus le rappel de salaire et les congés payés restants. Prijsvrij refuse de payer et fait appel. La cour d’appel de La Haye confirme intégralement cette condamnation le 22 septembre 2026, ajoutant la prise en charge des frais de justice des deux instances. Au total, l’employé reçoit 62 820,42 € brut, incluant intérêts et dépens.

Ce que ça pourrait changer

Pour une entreprise dont le nom signifie « prix cassé » ou « prix libre », la facture est particulièrement lourde : **62 820,42 €** à verser au salarié, sans compter les frais de justice et les intérêts de retard. Cette affaire illustre les limites strictes du droit du travail néerlandais, où un licenciement pour faute grave doit être justifié par des preuves médicales incontestables et où la surveillance d’un salarié en arrêt maladie est considérée comme une violation grave de ses droits. Prijsvrij a sous-estimé les conséquences de son approche, transformant une situation médicale complexe en un conflit judiciaire coûteux. Le cas rappelle que, dans ce cadre juridique, la protection du salarié prime sur les soupçons de l’employeur.

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