Nager dans le Rhin pour aller au travail : à Bâle, le fleuve est « ancré dans le quotidien »
[Rivières : le grand plouf 1/5] Très encadrée en France, la baignade dans les fleuves et les rivières et beaucoup plus largement autorisée en Suisse. À Bâle, se laisser porter par le Rhin au cœur de la ville a même été élevé au rang d'art de vivre.
La ville de Bâle, située dans le nord-ouest de la Suisse, est traversée par le fleuve le Rhin, qui y est large de 200 à 300 mètres selon les sections. Le Rhin est un fleuve européen majeur, long de 1 233 kilomètres, prenant sa source en Suisse et se jetant dans la mer du Nord aux Pays-Bas. À Bâle, le Rhin joue un rôle central dans la vie quotidienne des habitants, bien au-delà de sa fonction écologique ou économique. La ville compte environ 175 000 habitants, et le fleuve est intégré à leurs habitudes, que ce soit pour les loisirs, les déplacements ou même les trajets quotidiens comme se rendre au travail. Cette proximité avec le fleuve est renforcée par des infrastructures adaptées, comme des ponts ou des bacs, ainsi que par une culture locale qui valorise cette relation avec l’eau.
À Bâle, une pratique inhabituelle pour un trajet domicile-travail consiste à nager dans le Rhin plutôt que d’utiliser les transports en commun ou la voiture. Cette habitude, bien que minoritaire, est suffisamment ancrée dans la culture locale pour être mentionnée comme une caractéristique distinctive de la ville. Les nageurs utilisent des floats (des flotteurs gonflables) pour se déplacer plus facilement et éviter les courants dangereux. La température de l’eau, même en hiver, ne semble pas dissuader les plus motivés, bien que la baignade soit officiellement autorisée uniquement de mai à septembre. Cette pratique reflète une relation unique entre les habitants et leur fleuve, où la natation devient un mode de transport alternatif, presque anecdotique mais symbolique.
La baignade dans le Rhin à Bâle est encadrée par des règles strictes pour des raisons de sécurité. Officiellement, la baignade est autorisée uniquement entre mai et septembre, période durant laquelle les températures de l’eau sont plus clémentes et les courants moins violents. En dehors de cette période, les nageurs s’exposent à des amendes pouvant aller jusqu’à 100 francs suisses (environ 95 €). Malgré ces restrictions, des nageurs continuent de se baigner toute l’année, souvent en petits groupes et avec des équipements adaptés. Les autorités locales tolèrent cette pratique informelle, mais rappellent régulièrement les risques liés aux courants, à la pollution ou aux bateaux qui circulent sur le fleuve.
La relation des Basels avec le Rhin dépasse la simple utilité pratique : elle est aussi chargée de symboles et de traditions. Le fleuve est perçu comme un élément vital de l’identité de la ville, presque comme un membre de la communauté. Cette proximité se manifeste par des événements comme le Rheinschwimmen (la « baignade du Rhin »), une manifestation annuelle où des centaines de personnes nagent dans le fleuve pour célébrer cette tradition. Les habitants évoquent souvent le Rhin comme un « ami » ou un « partenaire », soulignant son rôle dans leur bien-être physique et mental. Cette culture de la nage en milieu urbain est rare en Europe et contribue à la réputation unique de Bâle.
Malgré cette relation harmonieuse, le Rhin à Bâle n’est pas exempt de défis environnementaux. La qualité de l’eau, bien qu’améliorée depuis les années 1970 grâce à des efforts de dépollution, reste un sujet de préoccupation. Les rejets industriels, les eaux usées et les microplastiques posent des risques pour la santé des nageurs et la biodiversité du fleuve. Les autorités suisses et les associations locales surveillent régulièrement la qualité de l’eau, notamment en période estivale où la baignade est la plus fréquente. Des campagnes de sensibilisation sont menées pour informer les habitants des bonnes pratiques, comme éviter de se baigner après de fortes pluies, périodes durant lesquelles les rejets d’eaux pluviales non traitées augmentent.

