La catastrophe au Népal, une onde de choc mondiale
Agir face au dérèglement climatique et s’adapter : chaque semaine, les pistes de la presse étrangère..
Le 26 août 2026, une coulée de boue dévastatrice a frappé la vallée de Devighat, située à la frontière entre le Népal et la région autonome chinoise du Tibet. Ce glissement de terrain, provoqué par l’effondrement d’un glacier, a causé plus de 1 000 morts et 4 500 disparus. Le Premier ministre népalais, Balendra Shah, attribue directement cette catastrophe au changement climatique, sans équivoque. Les scientifiques, bien que plus prudents, estiment que la fonte des glaciers et du pergélisol (sol gelé qui maintient les parois rocheuses stables) a probablement joué un rôle majeur. La région himalayenne se réchauffe à un rythme accéléré, soit 0,3°C par décennie, contre 0,1°C en moyenne mondiale, ce qui accélère la dégradation des écosystèmes montagneux.
Les chercheurs s’interrogent sur la part exacte du changement climatique dans cette catastrophe. Benjamin Horton, spécialiste des sciences de la terre et du climat, souligne que le réchauffement climatique ne provoque pas directement les catastrophes, mais modifie les conditions dans lesquelles elles surviennent. Il insiste sur le fait que l’incertitude scientifique ne doit pas bloquer l’action : des systèmes d’alerte précoce, des plans d’évacuation et des restrictions de construction dans les zones à risque sont essentiels pour limiter les dégâts. Le Népal, pays en développement, manque cruellement de moyens pour financer ces mesures. Le gouvernement népalais a estimé ses besoins à 5 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros) pour faire face à la crise et a demandé une aide d’urgence au fonds des Nations unies pour les pertes et dommages climatiques, doté de seulement 820 millions de dollars (705 millions d’euros).
Le drame au Népal illustre une injustice climatique majeure : les pays les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre (GES) sont ceux qui en subissent le plus les conséquences. Le Népal, par exemple, contribue à moins de 0,1 % des émissions mondiales de GES, mais paie un lourd tribut aux catastrophes liées au climat. Le fonds onusien pour les pertes et dommages, conçu pour aider ces pays, est largement insuffisant : 120 pays l’ont déjà sollicité pour un total de 2,8 milliards de dollars, alors que le montant disponible est de 820 millions de dollars. Le Népal pourrait espérer, au mieux, 20 millions de dollars, une somme dérisoire face à l’ampleur de la crise. Cette situation pose la question de la responsabilité des pays industrialisés, principaux émetteurs de GES, à soutenir financièrement les victimes.
La catastrophe au Népal n’est pas un cas isolé. Les régions montagneuses, comme l’Himalaya ou les Alpes, se réchauffent plus vite que le reste du monde, ce qui multiplie les risques de glissements de terrain et d’effondrements de glaciers. Même des pays riches comme la Suisse ne sont pas épargnés : en mai 2025, l’effondrement du glacier du Birch a provoqué une avalanche et un éboulement dans le village de Blatten, heureusement évacué à temps. Les scientifiques prévoient une augmentation des catastrophes similaires à l’avenir. La réduction des émissions de GES est donc cruciale, mais même avec une action immédiate, certains effets du changement climatique sont déjà irréversibles. Chaque dixième de degré de réchauffement évité compte pour limiter l’ampleur des dégâts.
L’article rappelle que l’objectif de limiter le réchauffement à +1,5°C, fixé par l’Accord de Paris, est désormais hors de portée. Le **Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)** a officiellement déclaré, le 2 septembre 2026, que la planète dépassera cet objectif et vise désormais un réchauffement limité à +1,8°C. Cette annonce souligne l’urgence d’agir pour éviter des conséquences encore plus graves. Parallèlement, d’autres phénomènes climatiques, comme le phénomène **El Niño**, s’intensifient sous l’effet des émissions humaines de GES. Une étude récente, basée sur l’analyse de coraux des îles Galápagos, montre que ces épisodes naturels deviennent plus fréquents et plus intenses, avec des répercussions mondiales. L’épisode actuel pourrait faire de 2027 l’année la plus chaude jamais enregistrée.

