IA : la Corée du Sud veut transformer le boom des semi-conducteurs en cycle vertueux de croissance
Séoul veut doubler l’an prochain son budget consacré aux puces, à l'IA et aux centres de données. L’article IA : la Corée du Sud veut transformer le boom des semi-conducteurs en cycle vertueux de croissance est apparu en premier sur Le Grand Continent..
En 2026, la Corée du Sud connaît une croissance exceptionnelle de ses recettes fiscales grâce au développement de l’intelligence artificielle (IA). Les revenus de l’État sud-coréen devraient atteindre 584 000 milliards de wons en 2027, soit une hausse de près de 50 % par rapport aux prévisions initiales de 390 000 milliards de wons pour 2026. Cette augmentation, équivalente à un bond de 250 à 375 milliards d’euros, est directement liée au succès des entreprises locales spécialisées dans les semi-conducteurs (composants électroniques essentiels pour les ordinateurs, smartphones et systèmes d’IA) comme Samsung Electronics et SK Hynix. Ces deux géants mondiaux ont vu leurs exportations augmenter de 69 % en août 2026, profitant de la demande mondiale croissante en puces pour l’IA. Le gouvernement sud-coréen considère cette dynamique comme un bouleversement comparable à la révolution industrielle, marquant un tournant majeur pour l’économie du pays.
Pour capitaliser sur ce boom, le gouvernement sud-coréen dirigé par Lee Jae-myung a proposé une augmentation record de 12,8 % de son budget pour 2027, le portant de 728 000 à 821 000 milliards de wons. Cette hausse, la plus importante jamais enregistrée, vise à financer un mégaprojet national dédié aux semi-conducteurs, à l’IA et aux centres de données (infrastructures physiques où sont stockées et traitées les données numériques). Le budget alloué à ce projet passera de 11 000 à 21 000 milliards de wons, soit près du double. Ces investissements incluent également la construction d’infrastructures énergétiques, hydrauliques et industrielles nécessaires au fonctionnement de ces technologies. L’objectif est de créer un cycle vertueux où les dépenses publiques stimulent la croissance économique, qui à son tour génère de nouvelles recettes pour l’État.
La Corée du Sud ne se contente pas de produire des puces : elle veut devenir un acteur incontournable de la chaîne de valeur de l’IA. Pour y parvenir, Samsung Electronics et SK Hynix, en collaboration avec d’autres entreprises, prévoient d’investir l’équivalent de 860 milliards d’euros sur dix ans dans le pays. Une partie de ces fonds servira à développer 18,4 gigawatts (GW) de capacités de centres de données d’ici 2035, une quantité supérieure à la capacité totale installée en Europe en 2024 (12 GW selon l’Agence internationale de l’énergie). Ces infrastructures sont cruciales pour héberger les serveurs nécessaires au fonctionnement des modèles d’IA, qui nécessitent des quantités colossales d’énergie et de ressources. Le ministre de la Planification et du budget, Park Hong-keun, souligne que ces investissements doivent permettre à la Corée du Sud de jouer un rôle central dans l’économie mondiale de l’IA.
Malgré ces ambitions, la Corée du Sud fait face à des défis structurels majeurs. Le pays enregistre une baisse constante de sa natalité et un vieillissement accéléré de sa population, deux phénomènes qui pourraient freiner le développement de son secteur technologique à long terme. Pour y remédier, le gouvernement prévoit d’augmenter de 53 % en 2027 les dépenses consacrées au soutien des jeunes, avec un budget dédié à l’éducation, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, au logement, au mariage, à la natalité et à la garde d’enfants. Parmi les mesures phares, on trouve des subventions à la naissance, des aides pour la garde d’enfants et la construction de 106 000 logements réservés aux jeunes. Ces initiatives visent à atténuer les effets du déclin démographique sur la main-d’œuvre et l’innovation.
Si la croissance actuelle du secteur des semi-conducteurs et de l’IA est impressionnante, elle n’est pas garantie à long terme. Le gouvernement sud-coréen reconnaît qu’aucune certitude n’existe quant à la pérennité des recettes fiscales générées par Samsung Electronics et SK Hynix au-delà de 2028. Cette dépendance à deux entreprises majeures expose l’économie du pays à des risques de ralentissement si la demande mondiale en puces venait à fléchir. Par ailleurs, la popularité du président Lee Jae-myung, qui a atteint son plus bas niveau depuis son entrée en fonction en juin 2025, pourrait compliquer la mise en œuvre de ce plan budgétaire ambitieux. Malgré ces incertitudes, Séoul mise sur une stratégie de croissance à long terme, en réinvestissant une partie des profits actuels pour sécuriser sa position dans l’économie mondiale de l’IA.

