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Are insects really ‘poor people’s food’?

The Conversation France · mis à jour il y a 29 j

*Catzos blancos* (_Platycoelia lutescens_): adult beetles are a source of wild food that is consumed in and around Quito (Ecuador). Fourni par l'auteur KEY TAKEAWAYS Eating insects is often perceived only as a last resort in case of famine or extreme poverty.

Insectes et pauvreté

L’idée que les insectes sont consommés uniquement par nécessité, comme nourriture de dernier recours en cas de famine ou de grande pauvreté, est un préjugé occidental. Dans de nombreuses régions du monde, notamment en Amérique latine, en Afrique, en Asie et en Océanie, plus de 2 000 espèces d’insectes sont consommées par des centaines de millions de personnes. Ces pratiques ne sont pas réservées aux populations les plus pauvres : dans certains pays, les insectes sont considérés comme des mets rares, voire des produits de luxe, en raison de leur rareté ou de leur difficulté à être capturés. Par exemple, les fourmis Atta laevigata (appelées hormigas culonas en Colombie) sont un plat prisé et leur consommation est liée à des traditions culturelles plutôt qu’à une nécessité alimentaire.

Nutrition et diversité

Les insectes sont souvent plus riches en protéines que d’autres sources animales, et contiennent également des vitamines, des minéraux et des acides gras insaturés. Une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publiée en 2013 a souligné leur potentiel pour lutter contre la faim dans le monde. Cependant, leur consommation ne se limite pas à un besoin nutritionnel. Les populations qui les mangent le font aussi pour leur goût, comme l’avait déjà noté l’entomologiste Friedrich Bodenheimer au début du XXe siècle. Par exemple, les larves de charançons (Rhynchophorus spp.) sont appréciées dans les régions tropicales d’Amérique, d’Afrique et d’Asie, et leur consommation permet aussi de limiter la prolifération de ces ravageurs des cultures.

Classification culturelle

La définition des insectes varie selon les cultures. En Occident, les insectes sont souvent classés comme des arthropodes, un groupe qui inclut aussi les araignées et les crustacés. Cependant, dans certaines sociétés, comme la langue Ñuu Savi (Mixtec) au Mexique, il n’existe pas de catégorie générique pour les insectes. Ceux-ci sont simplement considérés comme de « petits animaux » sauvages, au même titre que les plantes ou les champignons. Leur collecte est alors assimilée à une activité de chasse ou de cueillette. Par exemple, dans le nord-est du Brésil, les personnes qui ramassent les fourmis Atta parlent de « chasse » plutôt que de collecte.

Choix alimentaires locaux

Les populations ne consomment pas toutes les espèces d’insectes disponibles dans leur environnement. Leurs choix alimentaires sont guidés par la culture et les traditions locales. Par exemple, les chenilles mopane sont consommées en Afrique australe, tandis que les sauterelles sont populaires au Mexique et en Thaïlande. Certaines espèces, comme les œufs et les pupes de fourmis Liometopum (appelés escamoles au Mexique), sont même considérées comme un mets de luxe, surnommé le « caviar mexicain ». Leur prix peut atteindre 50 euros par kilogramme, voire plus lorsqu’ils sont servis dans des restaurants haut de gamme.

Risques et savoirs

La collecte et la préparation des insectes nécessitent des connaissances spécifiques et peuvent comporter des risques. Il faut connaître les habitats des insectes, leurs plantes hôtes, les périodes de leur apparition, ainsi que les conditions climatiques favorables à leur présence. Par exemple, les fourmis Atta laevigata n’apparaissent qu’une fois par an, lors de leur vol nuptial. La collecte peut aussi impliquer des efforts physiques importants, des déplacements dans des zones isolées et des conditions inconfortables. Malgré ces défis, la consommation d’insectes reste attractive en raison de leur goût et de leur valeur marchande, qui peut dépasser celle de la viande.

Identité et économie

La consommation d’insectes peut être un marqueur d’identité culturelle ou un moyen de générer des revenus. Dans certaines régions, comme le département de Santander en Colombie, les fourmis hormigas culonas sont considérées comme un patrimoine culinaire et culturel. Leur vente permet aux familles rurales d’obtenir un revenu supplémentaire, mais peut aussi les priver d’une source de nourriture nutritive. Dans les villes, des immigrants d’origine rurale vendent ces insectes à des prix élevés, attirant aussi de nouveaux consommateurs motivés par la mode ou la curiosité. Par exemple, à Mexico, Bangkok ou Bogota, des marchés et des restaurants proposent ces produits, parfois à des prix supérieurs à ceux de la viande.

Préjugés et modernité

Dans certaines sociétés, comme le nord-est du Brésil, la consommation d’insectes est associée à des pratiques archaïques ou à une image de pauvreté, en raison de leur lien historique avec des régions considérées comme défavorisées. Par exemple, les fourmis tanajuras (Atta laevigata) sont perçues comme un aliment honteux, bien qu’elles ne soient pas consommées par nécessité mais comme un mets saisonnier. Ces préjugés persistent malgré leur valeur nutritionnelle et leur rôle dans la lutte contre les ravageurs agricoles. La modernisation et l’urbanisation ont souvent conduit à l’abandon de ces pratiques, bien que certaines populations les perpétuent pour affirmer leur identité locale.

Ce que ça pourrait changer

La consommation d’insectes peut aussi jouer un rôle dans la gestion des ravageurs agricoles. Par exemple, les larves de charançons, qui attaquent les palmiers, sont consommées dans plusieurs pays tropicaux, ce qui limite leur prolifération. De même, les sauterelles, qui ravagent les cultures, sont parfois récoltées pour être mangées plutôt que d’être combattues par des pesticides. Cette pratique permet de compenser partiellement les pertes agricoles tout en fournissant une source de nourriture riche en protéines. Cependant, les insectes ne sont pas une solution universelle contre la faim, car ils ne comblent pas les besoins énergétiques comme le feraient des aliments riches en glucides.

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