C’est la faute aux écolos
« Ils attendent quoi, les élus et les journalistes, pour écouter enfin les scientifiques sur le changement climatique ? Une énorme canicule ?» L’été 2026 donne une terrible réponse à ces interrogations que nous osions à peine exprimer. L’intégrité devrait pousser au mea culpa ceux qui ont depuis des années contribué à nier l’urgence d’agir face au […].
Depuis juin 2026, les médias et certains responsables politiques attribuent les catastrophes naturelles (canicules, incendies, sécheresses) à une seule cause : les écologistes. Cette rhétorique, qui vise des scientifiques, des militants ou des élus, est une stratégie de diversion. Elle détourne l’attention des causes réelles du changement climatique, comme les émissions de gaz à effet de serre, et des responsables politiques ou économiques qui les ont permis. Par exemple, des personnalités comme Olivier Galzi, Adèle Van Reeth ou Emmanuel Macron, qui ont minimisé ou nié l’urgence climatique par le passé, accusent désormais les écologistes d’être responsables des crises actuelles. Cette inversion des responsabilités s’inscrit dans une logique de rejet de la faute sur ceux qui alertent, plutôt que sur ceux qui agissent.
Les attaques contre les écologistes et les scientifiques du climat ne sont pas nouvelles. Dès mars 2010, des médias comme celui de Guillaume Durand ont donné une tribune à des climato-négationnistes, comme Claude Allègre, qui qualifiait les chercheurs de « dévoyés » et d’ « avides d’argent ». Ces discours, bien que mensongers, ont contribué à une forme d’apathie collective face à l’urgence climatique. En juillet 2026, la tendance s’est inversée : les médias ne nient plus le changement climatique, mais accusent les écologistes d’en être responsables. Par exemple, Juliette Briens sur RMC a affirmé que « les écolos n’avaient raison sur rien », tandis que d’autres, comme Emmanuel Lechypre, ont attaqué des climatologues comme Christophe Cassou, co-auteur des rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).
La désinformation sur le climat n’est pas spontanée : elle est le fruit d’une stratégie organisée, née aux États-Unis à la fin des années 1980. Des scientifiques, financés par des firmes pétrolières comme ExxonMobil, ont créé des officines comme la Global Climate Coalition pour discréditer les alertes climatiques. En 1998, le New York Times a révélé un plan visant à présenter les preuves du réchauffement climatique comme de la « mauvaise science ». Aujourd’hui, des groupes comme la Heritage Foundation aux États-Unis ou le milliardaire Pierre-Edouard Stérin en France perpétuent cette désinformation. L’objectif reste le même : éviter que les causes structurelles du changement climatique (émissions de CO₂, industries polluantes) ne soient remises en cause.
Les incendies ravageant la France en 2026 sont systématiquement attribués à des pyromanes ou à des écologistes, plutôt qu’aux causes réelles comme le changement climatique. Cette stratégie a déjà été utilisée ailleurs : en 2018, Donald Trump avait accusé les écologistes d’être responsables des incendies en Californie, alors que les experts imputaient ces catastrophes au réchauffement climatique. En France, en 2022, des rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux, accusant les écologistes d’avoir empêché l’entretien des forêts, aggravant ainsi les incendies. Pourtant, un rapport de la Cour régionale des Comptes a montré que ces accusations étaient infondées. Ces discours visent à éviter de nommer les véritables responsables : les politiques publiques favorisant l’étalement urbain ou la gestion forestière inadaptée.
Les canicules de 2026, parmi les plus intenses jamais enregistrées, sont également présentées comme la faute des écologistes. Pourtant, les scientifiques du climat avaient prévenu depuis des décennies que le réchauffement climatique entraînerait une augmentation des vagues de chaleur. Les médias et certains éditorialistes, comme Juliette Briens ou Yann Barthès, préfèrent se moquer des solutions proposées par les écologistes (végétalisation, sobriété) plutôt que d’aborder les causes structurelles. Par exemple, en 2020, Sarah Saldmann sur RMC déclarait : « Je me fous complètement de l’écologie », illustrant une forme de déni face à l’urgence. Ces discours détournent l’attention des émissions de gaz à effet de serre, dont la France est l’un des principaux émetteurs en Europe.
Les sécheresses répétées en France sont également imputées aux écologistes, alors qu’elles sont directement liées au réchauffement climatique. Les scientifiques expliquent que l’augmentation des températures réduit les précipitations et accélère l’évaporation de l’eau. Pourtant, les médias préfèrent se concentrer sur des sujets comme la gestion de l’eau par les agriculteurs ou les restrictions imposées aux particuliers, plutôt que sur les politiques agricoles ou industrielles qui aggravent la crise. Par exemple, en 2026, des éditorialistes sur RMC ont suggéré que les écologistes étaient responsables des pénuries d’eau, alors que les rapports du Giec soulignent que 80 % des émissions mondiales de CO₂ proviennent de seulement 20 pays, dont la France.
Cette vague de désinformation s’inscrit dans une stratégie plus large : éviter que les citoyens ne se concentrent sur les causes profondes du changement climatique. Albin Wagener, analyste de discours, explique que les médias et les politiques préfèrent aujourd’hui parler des symptômes (canicules, incendies) et des solutions techniques (climatisation, canadairs) plutôt que des causes (émissions de CO₂, industries polluantes). Cette approche permet de détourner les colères vers des boucs émissaires, comme les écologistes, plutôt que vers les responsables politiques ou économiques. Par exemple, en 2026, des éditorialistes ont suggéré que les incendies étaient causés par des « pyromanes » plutôt que par le réchauffement climatique, évitant ainsi de remettre en cause les politiques publiques.

