NapseflowNapseflow
Géopolitique

Il n’y a plus qu’un seul groupe de presse en Belgique francophone : “Un moindre mal” ?

Courrier International · mis à jour il y a 28 j

En discussion depuis un an, la fusion des deux grands groupes de presse IPM et Rossel a été validée le 3 juillet. Compte tenu de la situation économique des médias, ce regroupement est un sauvetage, assurent-ils.

Fusion des deux géants

En Belgique francophone, les groupes de presse Rossel et IPM, qui publient respectivement les journaux Le Soir et La Libre Belgique, ont fusionné avec l'accord de l’Autorité belge de la concurrence (ABC). Cette fusion, validée le 3 juillet 2018 et effective à l’automne de la même année, crée un groupe unique dominant le marché de la presse écrite. Les deux entités contrôlaient déjà une grande partie des titres francophones majeurs, comme L’Avenir, DH-Les Sports, Sudinfo ou Moustique. Ensemble, elles représentent désormais 94 % du marché de la presse écrite en Belgique francophone, un niveau de concentration inédit dans le pays. L’ABC est une institution publique chargée de veiller à la concurrence loyale entre entreprises pour éviter les abus de position dominante.

Contexte économique difficile

Cette fusion s’inscrit dans un contexte de crise structurelle pour la presse écrite traditionnelle. Le modèle économique historique des journaux reposait sur deux sources de revenus : la vente des exemplaires au public et la vente de l’attention des lecteurs aux annonceurs sous forme de publicités. Cependant, depuis plusieurs années, ce modèle est fragilisé par l’émergence des géants du numérique comme Google et Meta (maison mère de Facebook et Instagram). Ces entreprises captent désormais la majorité des revenus publicitaires en ligne, laissant les médias traditionnels avec des marges réduites. Les groupes de presse tentent alors de s’adapter en fusionnant pour réduire leurs coûts et mutualiser leurs ressources, tout en cherchant de nouveaux modèles économiques.

Conséquences pour la presse

La création d’un monopole de fait dans la presse écrite francophone soulève des questions sur la diversité de l’information. Avec 94 % du marché, le nouveau groupe issu de la fusion détient un pouvoir quasi exclusif sur la production et la diffusion de l’actualité écrite en Belgique francophone. Cette concentration peut limiter le pluralisme des opinions et des sources d’information, un principe fondamental dans une démocratie. Les critiques soulignent que cette situation rappelle des contextes souvent associés à des régimes autoritaires, où une poignée d’acteurs contrôle l’essentiel des médias. Cependant, les défenseurs de la fusion arguent qu’elle est nécessaire pour assurer la survie financière des journaux face à la concurrence des géants du numérique.

Ce que ça pourrait changer

La fusion a été perçue comme un *moindre mal* par certains observateurs, reconnaissant la nécessité de s’adapter à un environnement économique hostile. Cependant, elle a aussi suscité des inquiétudes quant à l’indépendance éditoriale et à la qualité du journalisme. Le quotidien flamand *De Tijd* a notamment souligné que cette concentration était une première en Belgique, même si elle reste légale sous conditions imposées par l’**ABC**. Ces conditions visent à limiter les abus de position dominante, mais leur efficacité à long terme reste à évaluer. Le débat porte aussi sur la capacité des nouveaux groupes à innover et à proposer des contenus de qualité malgré les contraintes économiques.

Sujets complémentaires