Carney prévoit une «croissance soutenue», et non un boum des sables bitumineux
Le gouvernement fédéral a récemment désigné le projet d’oléoduc de la côte ouest comme «projet d’intérêt national»..
Le gouvernement fédéral canadien a désigné le projet d’oléoduc Pacific Link comme « projet d’intérêt national » grâce à une loi adoptée en 2023. Cet oléoduc, d’une capacité d’un million de barils par jour, reliera l’Alberta (province productrice de pétrole) à un terminal d’exportation situé en Colombie-Britannique, sur la côte ouest du Canada. Cette désignation accélère son processus d’examen, simplifié et piloté depuis Calgary. Le projet vise à faciliter l’exportation du pétrole issu des sables bitumineux vers les marchés asiatiques, jugés plus lucratifs. Actuellement, la production albertaine dépend fortement des oléoducs existants, dont la capacité limitée freine les exportations. Le Pacific Link pourrait donc jouer un rôle central dans la relance du secteur, à condition que les entreprises investissent dans l’augmentation de leur production.
Lors d’une visite à Fort McMurray, en Alberta, le premier ministre canadien Mark Carney a précisé qu’il ne s’attendait pas à un « boum » des sables bitumineux, mais plutôt à une « croissance soutenue ». Le dernier boum, entre le milieu des années 2000 et 2010, avait entraîné des effets secondaires majeurs : inflation des coûts (jusqu’à 17 milliards $ pour le projet Fort Hills, initialement prévu à 13,5 milliards $), pénurie de main-d’œuvre et crise du logement. Cette fois, les acteurs du secteur misent sur des leçons tirées du passé, comme l’optimisation des infrastructures existantes plutôt que la construction de nouveaux mégaprojets. La première ministre albertaine Danielle Smith a souligné que les entreprises utilisaient désormais des technologies comme les camions de transport autonomes, réduisant ainsi la pression sur les ressources humaines et les infrastructures locales.
Le secteur des sables bitumineux albertain traverse une période de ralentissement depuis une décennie, marquée par la chute des investissements et des cours mondiaux du pétrole. Entre 2014 et 2020, la pandémie de COVID-19 a encore fragilisé la demande, tandis que les politiques énergétiques de l’ère Trudeau (2015-2025) étaient critiquées par les acteurs du secteur. Cependant, la guerre au Moyen-Orient en 2026 a révélé la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales, poussant les pays à rechercher des fournisseurs stables comme le Canada. Le projet Pacific Link s’inscrit dans cette dynamique, avec l’objectif d’exporter davantage de pétrole albertain vers l’Asie. Les entreprises du secteur ont également bénéficié de l’abrogation de certaines réglementations environnementales et de la simplification des cadres administratifs.
Les acteurs des sables bitumineux ont adopté une approche plus collaborative pour éviter les erreurs du passé. Andrew Botterill, responsable du pôle pétrole et gaz chez Deloitte Canada, note que le secteur est désormais plus « efficace et cohérent » qu’il y a 10 ou 15 ans. Les producteurs se sont regroupés au sein d’une alliance pour partager la main-d’œuvre, réduire les coûts et éviter une concurrence excessive. De plus, les actifs sont désormais concentrés entre moins d’entreprises qu’auparavant : des acteurs comme Husky et MEG Energy ont été rachetés, tandis que des multinationales comme Shell et Total ont réduit leurs participations. Cette concentration permet une meilleure coordination et une optimisation des ressources, même si des défis persistent, notamment en matière d’innovation technique et de gestion des infrastructures.
Malgré les avancées, le secteur fait face à des défis majeurs liés aux infrastructures. Lance Mortlock, associé chez EY Canada, souligne que la réalisation de projets comme l’oléoduc Pacific Link et l’augmentation de la production des sables bitumineux nécessiteront des dizaines de milliers de travailleurs supplémentaires : ingénieurs, soudeurs, monteurs de canalisations, etc. Or, la disponibilité de cette main-d’œuvre qualifiée reste incertaine, alors que d’autres projets (mines, barrages hydroélectriques, lignes électriques) sont également en cours. La première ministre albertaine Danielle Smith a évoqué la nécessité de moderniser des infrastructures clés comme l’autoroute 881, qui traverse les zones d’exploitation des sables bitumineux. Une collaboration accrue entre les gouvernements fédéral et provincial sera essentielle pour éviter des goulots d’étranglement et garantir un développement harmonieux.
Les dirigeants locaux et les communautés autochtones anticipent des retombées économiques significatives grâce au projet *Pacific Link*. **Mark Carney** a souligné que la participation précoce des **dirigeants des Premières Nations** permettrait une *« répartition beaucoup plus large des retombées économiques »*. Les maires des villes concernées, comme Fort McMurray, travaillent déjà à l’adaptation des infrastructures locales, notamment en matière de logement et de transports. La première ministre **Danielle Smith** a également mentionné l’importance de la modernisation des routes et des ponts pour accompagner une éventuelle hausse de la production. L’objectif est d’éviter les erreurs du dernier boum, où l’afflux massif de travailleurs avait saturé les capacités locales, notamment en matière de logements et de services publics.

