みちのくMarcher au bord de la faille
L'Expérience longe le "Michinoku Coastal Trail" : sur la côte pacifique japonaise, ce chemin rend hommage aux victimes du tsunami de 2011. Deux mois à arpenter les empreintes de la vague fatale, au son lancinant de drôles de sirènes, préventives des ondes sismiques...
Le Michinoku Coastal Trail est un parcours de 1 000 kilomètres situé sur la côte pacifique du Japon, tracé par le gouvernement japonais après le tsunami dévastateur du 11 mars 2011. Ce chemin rend hommage aux victimes de la catastrophe tout en servant d’outil pédagogique pour enseigner les réflexes de survie en cas de tsunami aux générations futures. Le terme japonais Fukkô (復興), qui signifie à la fois reconstruction et renaissance, résume l’objectif de ce projet : transformer une tragédie en une opportunité de résilience collective. Le sentier traverse des zones dévastées par la vague, comme la ville de Rikuzentakata, où un pin solitaire, surnommé le pin miraculé, est devenu un symbole de cette résilience avant de mourir des suites de la salinité du sol. Aujourd’hui, une réplique de ce pin est conservée comme monument.
Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9,0 sur l’échelle de Richter a frappé la côte du Tōhoku au Japon, déclenché par le déplacement brutal d’un segment de faille de 500 kilomètres de long sous l’océan Pacifique. Ce mouvement a généré une onde sismique se propageant à une vitesse de 5 kilomètres par seconde, provoquant un tsunami dévastateur. Le tremblement de terre du Tōhoku est l’un des plus puissants jamais enregistrés et a causé des dégâts humains et matériels considérables. Pour mieux comprendre ces phénomènes, le géophysicien Alexandre Schubnel (CNRS) recrée en laboratoire les conditions de pression extrêmes qui régissent les tremblements de terre, en simulant les pressions présentes à 10 et 100 kilomètres sous la surface terrestre.
Tout au long du Michinoku Coastal Trail, un réseau dense de haut-parleurs diffuse chaque jour à 17 heures une mélodie différente selon les communes traversées. Ces sirènes, initialement conçues pour alerter en cas de tsunami, ont évolué pour signaler divers événements : le retour des enfants de l’école, l’approche d’un ours, des perturbations météo ou même des lancements de missiles balistiques, comme ceux de la Corée du Nord en janvier 2025. Ces dispositifs jouent un rôle central dans la prévention des risques et la cohésion sociale, tout en créant une polyrythmie sonore qui structure l’espace et le temps du parcours.
Bastien Lambert, membre du collectif Call It Anything, a parcouru ce sentier pendant deux mois en compagnie d’une anthropologue, Sophie Houdart, et d’autres membres du collectif. Ce voyage à pied, une première pour la plupart d’entre eux, a permis de recueillir des témoignages d’habitants sur leur vie avant 2011, l’ampleur des dégâts causés par le tsunami et leur processus de reconstruction. Les paysages traversés, marqués par la vague, ont révélé une nature et des infrastructures profondément reconfigurées. Par exemple, des pins sentinelles, plantés pour protéger des vents et des tsunamis, bordent désormais la digue, tandis que des amoncellements de tripodes en béton témoignent des efforts de protection côtière.
Pour Alexandre Schubnel, les tremblements de terre sont comparables à une musique produite par la planète. En laboratoire, il enregistre les ondes sismiques, des infra-basses inaudibles pour l’oreille humaine, et les accélère pour les rendre perceptibles. Ces vibrations, comparables à celles d’une cloche résonnant pendant des semaines, révèlent la complexité des mouvements terrestres et leur interaction avec d’autres phénomènes naturels, comme les marées ou les mouvements stratosphériques. Schubnel compare le mécanisme des failles à celui d’un archet frottant une corde de violon, où la friction entre les roches génère des ondes sismiques se propageant à la surface.
Parmi les paysages traversés, certains éléments sont devenus des symboles de la résilience japonaise après le tsunami. À Rikuzentakata, un pin solitaire, le pin miraculé, a survécu à la vague parmi 70 000 autres arbres déracinés. Bien que mort par la suite à cause de la salinité du sol, il a été préservé sous forme de neuf tronçons traités contre la putréfaction et enveloppés de fibre de carbone pour recréer sa forme originale. Aucun oiseau ne se pose sur ses branches, soulignant son statut de monument silencieux. D’autres lieux, comme la base aérienne de l’armée japonaise Blue Impulse, où des pilotes dessinent des cœurs dans le ciel, illustrent la volonté de redonner un sens à la vie après la catastrophe.
Ce documentaire radiophonique est le fruit d’un travail collectif impliquant des anthropologues, des géophysiciens, des artistes et des habitants. Le projet a été initié par le collectif *Call It Anything* et soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche. Il a également bénéficié de collaborations avec des laboratoires comme le Laboratoire d’Anthropologie et de sociologie comparative de Nanterre et le laboratoire de géologie de l’École normale supérieure de Paris. Le documentaire, lauréat de l’appel à résidence *PHONURGIA NOVA-SACEM 2026*, mêle récits de marche, enregistrements sonores et analyses scientifiques pour offrir une immersion dans les enjeux de mémoire, de prévention et de reconstruction au Japon.

