À Monaco, une course de bateaux électriques ultrarapides menace les cétacés
La Méditerranée se meurt… et on y fait mumuse avec des bateaux volants. Du 17 au 18 juillet, la principauté de Monaco accueillera la troisième édition de son Grand Prix de la série E1, un championnat du monde de bateaux de course électriques.
Monaco organise une compétition de bateaux électriques ultrarapides, appelée eFoiling World Championship, prévue pour septembre 2024. Cette course, qui se tiendra dans les eaux territoriales monégasques, vise à promouvoir les technologies de propulsion électrique dans le domaine nautique. Les bateaux, équipés de foils (ailes immergées permettant de surélever la coque au-dessus de l’eau pour réduire les frottements), peuvent atteindre des vitesses supérieures à 100 km/h. L’événement s’inscrit dans une logique de transition énergétique et de réduction des émissions de CO₂ dans les sports nautiques. Cependant, cette manifestation sportive suscite des inquiétudes quant à son impact environnemental, notamment sur les écosystèmes marins locaux.
Les organisateurs de la course ont été alertés par des associations de protection de l’environnement, dont Sea Shepherd Monaco, sur les risques encourus par les cétacés (dauphins, baleines, etc.) présents dans la zone. Les bateaux ultrarapides, en raison de leur vitesse et des perturbations sonores et physiques qu’ils génèrent, pourraient perturber les comportements naturels des animaux, comme leur alimentation, leur reproduction ou leurs déplacements. Les cétacés utilisent l’écholocation (un système de sonar naturel) pour se déplacer et communiquer, et les bruits artificiels des moteurs électriques pourraient interférer avec ce mécanisme. De plus, les collisions avec les bateaux, bien que rares, restent un danger potentiel pour ces espèces protégées.
La course se déroule dans des eaux soumises à des réglementations strictes en matière de protection de la faune marine, notamment la directive Habitats de l’Union européenne et les lois monégasques sur la biodiversité. Pourtant, les organisateurs n’ont pas mené d’étude d’impact environnemental préalable, comme le recommande pourtant la législation. Sea Shepherd Monaco a déposé une plainte auprès des autorités locales pour faire annuler l’événement, arguant que les risques pour les cétacés n’ont pas été suffisamment évalués. Les associations demandent que des mesures de précaution, comme la limitation des vitesses ou la création de zones tampons, soient mises en place pour protéger les animaux.
Les autorités monégasques, représentées par le Département de l’environnement, ont indiqué qu’elles étudiaient les demandes des associations et qu’elles veilleraient au respect des règles en vigueur. Monaco, principauté connue pour son engagement en faveur de l’environnement (elle a notamment signé l’Accord de Paris sur le climat), se trouve dans une position délicate : promouvoir une course innovante tout en préservant sa biodiversité marine. Une décision définitive sur le maintien ou l’annulation de l’événement est attendue d’ici quelques semaines. En cas de maintien, des mesures de surveillance renforcée des cétacés pourraient être imposées.
Cet événement illustre les tensions croissantes entre le développement des technologies vertes et la préservation des écosystèmes. Les sports nautiques électriques, bien que moins polluants que leurs équivalents thermiques, ne sont pas sans impact sur la faune marine. Les experts soulignent la nécessité d’évaluer systématiquement les conséquences environnementales de ce type de manifestations, surtout dans des zones sensibles comme la Méditerranée, où les populations de cétacés sont déjà fragilisées. Cette course pourrait servir de cas d’étude pour l’organisation future d’événements similaires, en mettant en balance innovation technologique et protection de la biodiversité.

