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Quand « ça goûte la mine » : les émissions de dioxyde de soufre dérangent à Rouyn-Noranda

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 22 j

De récents pics d'émissions ont ravivé les inquiétudes malgré la baisse historique des rejets de la fonderie..

Pics de SO2 à Rouyn-Noranda

En août 2026, la ville de Rouyn-Noranda, au Québec, a connu trois jours consécutifs de pics d’émissions de dioxyde de soufre (SO2) dans l’air ambiant. Ces pics ont été mesurés au centre-ville, notamment près du lac Osisko, et ont provoqué des irritations respiratoires chez plusieurs habitants, dont des touristes français en visite. Le SO2 est un gaz incolore mais reconnaissable à son odeur âcre et piquante, souvent décrite comme un goût de mine par les résidents. Ce gaz est produit naturellement en faible quantité, mais les sources industrielles, comme les fonderies, en rejettent des quantités importantes. Les niveaux enregistrés pendant ces pics dépassaient les seuils habituels, rappelant que malgré des progrès récents, la pollution industrielle reste un enjeu local.

Rôle de la Fonderie Horne

La Fonderie Horne, située à Rouyn-Noranda, est la principale source industrielle de SO2 dans la région. Cette usine transforme du minerai de cuivre, un processus qui génère naturellement du dioxyde de soufre. Depuis les années 1980, la fonderie a réduit ses émissions de 600 000 tonnes par an à moins de 10 000 tonnes en 2023, grâce notamment à la construction d’une usine d’acide sulfurique. Cependant, malgré ces améliorations, des pics ponctuels de pollution persistent, notamment en raison de conditions météorologiques défavorables comme le rabattement de panache. Ce phénomène survient lorsque les gaz, normalement évacués en hauteur, redescendent vers le sol sous l’effet du vent, augmentant la concentration de SO2 au niveau du sol.

Impacts sur la santé

Le dioxyde de soufre n’est pas classé comme cancérigène par l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), mais il présente des risques pour la santé, surtout chez les personnes vulnérables. Les symptômes incluent une irritation de la gorge, une toux, une difficulté à respirer et une sensation de brûlure dans les poumons. Les enfants, les aînés et les personnes souffrant d’asthme ou de maladies respiratoires chroniques sont les plus touchés. Lors des pics de SO2, ces groupes peuvent voir leurs symptômes s’aggraver. Par exemple, des employés d’un hôpital local ont rapporté ressentir ces effets, évoquant une possible infiltration du gaz dans le système de ventilation.

Réactions des citoyens

Les habitants de Rouyn-Noranda expriment des réactions variées face à la pollution au SO2. Certains, comme Zoé Asselin, ont développé une forme d’accoutumance au goût de la mine et ne ressentent plus d’effets aigus, bien qu’ils perçoivent toujours la présence du gaz. D’autres, comme André Gagnon et Martine Cournoyer, décrivent une gêne immédiate : une barre dans le front, une irritation de la gorge et une sensation de brûlure. Le Regroupement vigilance mines de l’Abitibi et du Témiscamingue (REVIMAT), représenté par Marc Nantel, dénonce ces pics et demande une meilleure prise en compte des émissions de SO2, soulignant que leur impact sur la qualité de vie ne doit pas être minimisé.

Position des autorités

Le maire de Rouyn-Noranda, Gilles Chapadeau, reconnaît que la situation actuelle n’est pas acceptable et insiste sur la nécessité pour la Fonderie Horne d’améliorer ses performances environnementales. Il rappelle que des millions de dollars ont été promis par Glencore, propriétaire de la fonderie, pour moderniser l’usine, et que ces fonds doivent servir à réduire les émissions de SO2. Le maire rejette l’idée que le SO2 soit considéré comme un problème secondaire par rapport à d’autres polluants cancérigènes, affirmant que tous les contaminants doivent être pris au sérieux. Il souligne que la Ville travaille en collaboration avec les autorités environnementales pour surveiller la situation.

Réponse de la Fonderie Horne

La Fonderie Horne, par la voix de son directeur des affaires publiques Francis Beauvais, explique que les pics de SO2 sont parfois liés à des conditions météorologiques particulières, comme le rabattement de panache. L’entreprise affirme avoir mis en place un système de contrôle intermittent (SCI) des émissions, qui ralentit les opérations lorsque les vents risquent d’affecter la ville. Selon elle, ce système permet de limiter les épisodes de pollution. La fonderie indique également récupérer plus de 96 % du soufre émis grâce à son usine d’acide sulfurique, ne rejetant ainsi que 4 % des émissions totales. Cependant, ces 4 % peuvent se concentrer en pics ponctuels, ce qui pose problème pour les habitants.

Ce que ça pourrait changer

Marc Nantel, porte-parole du REVIMAT, demande une meilleure information des citoyens sur les pics de pollution. Il propose notamment d’installer des compteurs d’affichage en temps réel dans les rues, avec un système de codes couleurs pour indiquer les niveaux de SO2. Cela permettrait aux habitants, notamment aux enseignants ou aux personnes vulnérables, d’adapter leurs activités en conséquence. En 2024, Glencore avait évoqué la possibilité d’améliorer l’information du public, mais aucun mécanisme n’a encore été mis en place. La Fonderie Horne n’a pas répondu aux demandes d’entrevue formulées par Radio-Canada pour cet article.

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