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Société

Avec «Fjord», Cristian Mungiu ne prend pas parti

Slate FR · mis à jour il y a 11 j

Sous couvert de neutralité, le cinéaste roumain, dont c'est la deuxième Palme d'or, brode un propos farouchement anti-woke. À son insu?.

Cristian Mungiu et son style

Cristian Mungiu est un réalisateur roumain reconnu, qui a remporté la Palme d'or en 2007 pour son film 4 mois, 3 semaines, 2 jours, un film centré sur un avortement clandestin sous le régime de Nicolae Ceaușescu. Son style se caractérise par une neutralité apparente, où il évite de prendre position directe, préférant observer les travers des uns et des autres. Cette approche avait déjà suscité des débats lors de son premier film, notamment en raison d'une scène montrant un fœtus expulsé, perçue comme un avertissement implicite contre l'avortement. En 2026, Mungiu confirme cette méthode avec Fjord, son nouveau long métrage, qui aborde le thème des violences intrafamiliales sans trancher clairement entre les accusés et les victimes.

Synopsis de Fjord

Fjord raconte l'histoire d'un couple, Mihai (joué par Sebastian Stan) et Lisbet (Renate Reinsve), qui s'installe avec leurs cinq enfants dans un village norvégien situé au bout d'un fjord. Le couple, très pieux et traditionaliste, élève ses enfants dans un cadre strict et religieux. Une enseignante remarque des ecchymoses sur le corps de leur fille aînée et signale le cas à l'Aide à l'enfance (une institution norvégienne chargée de protéger les mineurs). Rapidement, les cinq enfants sont retirés à leur famille au nom du principe de précaution. Le film explore ensuite la détresse du couple, accusé de violences, et interroge l'efficacité et les limites du système judiciaire dans ce type de situation.

Neutralité et biais implicite

Le réalisateur adopte une posture de neutralité dans Fjord, évitant de prendre clairement parti pour les accusés ou les victimes. Cette neutralité, bien que revendiquée, est perçue par certains comme un biais en faveur des accusés. En effet, le film met en avant la dignité et la souffrance du couple Gheorghiu, tout en laissant planer le doute sur leur culpabilité. Cette approche soulève une question centrale : dans une société où les institutions sont souvent critiquées pour leur rigidité, un film qui se concentre sur la détresse des accusés peut-il être perçu comme un affront envers les victimes potentielles ? Le film semble moins s'inquiéter de la culpabilité réelle des Gheorghiu que de leur souffrance face aux accusations.

Violences intrafamiliales et justice

Le film aborde la problématique des violences intrafamiliales et du rôle des institutions dans leur prévention. En Norvège, comme dans de nombreux pays, les autorités ont pour mission de protéger les enfants en cas de suspicion de maltraitance. Cependant, Fjord interroge les limites de cette protection : et si le système judiciaire, bien intentionné, commettait des erreurs en retirant des enfants à des familles innocentes ? Le film suggère que la société moderne, en cherchant à protéger les enfants, peut parfois sacrifier des familles sans preuve définitive de culpabilité. Cette réflexion s'inscrit dans un débat plus large sur les accusations infondées et les erreurs judiciaires, un sujet difficile à quantifier en raison de son caractère tabou.

Réactions et critiques du film

Fjord a suscité des débats, notamment en raison de son traitement du sujet. Certains y voient une critique du progressisme et une défense des familles traditionnelles, tandis que d'autres dénoncent une minimisation des violences intrafamiliales. Le film est décrit comme dangereux par certains critiques, car il pourrait alimenter des discours réactionnaires ou conservateurs. Cristian Mungiu, bien que critique envers les excès du système, évite de tomber dans le manichéisme et propose une réflexion nuancée. Le film met en lumière la récupération politique de ce type d'affaires, notamment par la droite ou l'extrême droite, qui y voient une preuve des dérives de la société moderne.

Ce que ça pourrait changer

*Fjord* est sorti en salles le 19 août 2026, après avoir été présenté au Festival de Cannes 2026 où il a remporté une deuxième Palme d'or pour Mungiu. Le film dure 2 heures et 26 minutes et met en scène Sebastian Stan, Renate Reinsve et Thorbjørn Harr. Il s'inscrit dans une tendance récente du cinéma à explorer les zones grises de la justice et des institutions, comme *Pas de vagues* ou *La Chasse*. Cependant, *Fjord* se distingue par son approche particulièrement neutre et son refus de trancher, ce qui en fait un film controversé et propice aux interprétations divergentes.

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