Un champignon jaune venu d'Asie envahit les forêts européennes, et c'est un problème
Repéré pour la première fois il y a deux ans en Angleterre, ce champignon asiatique au jaune éclatant menace de bouleverser les forêts européennes..
En printemps 2024, une mycologue amateur nommée Heather Clarke a observé dans le nord de l’Angleterre un champignon jaune vif poussant en grand nombre sur un tronc mort. Il s’agit du Pleurotus citrinopileatus, plus communément appelé pleurote doré, une espèce originaire d’Asie (notamment de Chine, du Japon et de l’est de la Russie). Ce champignon, reconnaissable à sa couleur jaune éclatante et à sa comestibilité, a d’abord été importé aux États-Unis pour être cultivé commercialement. Les kits de culture, vendus au grand public, ont ensuite permis sa diffusion. Ces kits contiennent un substrat qui produit des champignons capables de libérer des milliards de spores une fois arrivés à maturité. Les spores sont de minuscules particules reproductrices que les champignons libèrent pour coloniser de nouveaux milieux.
Dès les années 2010, des pleurotes dorés se sont échappés des kits de culture aux États-Unis et ont commencé à pousser dans la nature. Leur propagation a été rapide : aujourd’hui, on en trouve dans 25 États américains, sur une zone totale d’environ 2 millions de kilomètres carrés. Cette expansion s’explique par la capacité du champignon à coloniser le bois mort, un substrat riche en nutriments. Une fois installé, il se reproduit massivement grâce à ses spores, qui peuvent voyager sur de longues distances avec le vent ou les animaux. Cette invasion fongique illustre un phénomène appelé espèce exotique envahissante, c’est-à-dire une espèce introduite hors de son aire naturelle qui perturbe les écosystèmes locaux.
L’arrivée du pleurote doré en Europe représente une menace pour les écosystèmes forestiers. Ce champignon concurrence les espèces locales de champignons en colonisant rapidement le bois mort, accélérant ainsi sa décomposition. Or, le bois mort est un habitat essentiel pour de nombreux insectes, champignons et autres organismes. Sa disparition plus rapide pourrait fragiliser la biodiversité en privant ces espèces de leur milieu de vie. De plus, les arbres dépendent souvent de champignons spécifiques pour se nourrir via leurs racines (mycorhizes). Une perturbation de ces relations pourrait affaiblir les forêts. Le réchauffement climatique, en favorisant la prolifération du pleurote doré, aggrave ce risque.
Le pleurote doré modifie profondément l’équilibre des écosystèmes en accélérant le recyclage des nutriments. Normalement, le bois mort se décompose lentement, ce qui permet aux nutriments de retourner progressivement dans le sol et d’être réutilisés par les plantes. Avec le pleurote doré, cette décomposition s’accélère, ce qui peut déséquilibrer les cycles naturels. Par exemple, certaines espèces d’arbres ou de plantes pourraient manquer de nutriments si le champignon domine. De plus, les forêts anciennes et primaires (des forêts très peu modifiées par l’homme) sont particulièrement vulnérables, car elles abritent des espèces adaptées à des équilibres très précis. Leur perturbation pourrait entraîner la disparition d’espèces locales.
Face à cette menace, le Royaume-Uni a classé le pleurote doré parmi les espèces « à haut risque », c’est-à-dire des espèces dont l’introduction ou la propagation pourrait causer des dommages écologiques ou économiques majeurs. Les experts, comme Matt Wainhouse (spécialiste des champignons chez Natural England, un organisme de protection de l’environnement britannique), alertent sur les dangers pour les écosystèmes irremplaçables. Le gouvernement britannique envisage de suspendre la vente des kits de culture contenant cette espèce ou de renforcer leur encadrement. Aucune mesure similaire n’existe encore au niveau européen, mais une réponse coordonnée entre les pays semble nécessaire pour limiter la propagation.
Pour limiter la propagation du pleurote doré, les experts recommandent aux particuliers de privilégier la culture de **champignons locaux** plutôt que d’espèces exotiques. Il est également crucial de ne pas rejeter les **substrats colonisés** (le support sur lequel poussent les champignons) dans la nature après utilisation, car ils pourraient libérer des spores. Ces substrats, souvent vendus avec les kits de culture, contiennent des résidus de champignons qui peuvent s’installer dans les forêts ou les parcs. En adoptant ces gestes simples, chacun peut contribuer à protéger les écosystèmes européens. Aucune interdiction n’est imposée aux particuliers, mais une vigilance accrue est encouragée.

