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Géopolitique

Comment les habitants de Hiroshima ont décidé de conserver le dôme de Genbaku comme témoin

Courrier International · mis à jour il y a 27 j

Témoin du bombardement atomique de 1945, ce monument aurait pu être démoli dans les années d’après-guerre. Un mouvement citoyen, déclenché par la mort d’une lycéenne, l’a sauvé de ce sort, raconte la presse japonaise à l’occasion de 81ᵉ anniversaire du bombardement..

Le bombardement de 1945

Le 6 août 1945, une bombe atomique nommée Little Boy est larguée sur Hiroshima par l’avion bombardier américain Enola Gay. Cette bombe, développée dans le cadre du projet Manhattan, explose à environ 600 mètres d’altitude au-dessus de la ville, tuant instantanément environ 140 000 personnes parmi ses 350 000 habitants. Le dôme de Genbaku, un bâtiment administratif construit en 1915 par l’architecte tchèque Jan Letzel, est le seul édifice resté debout près de l’épicentre de l’explosion. Ses murs effondrés et sa structure en acier tordue en font un symbole des conséquences dévastatrices de l’arme nucléaire. Aujourd’hui, le site est devenu un lieu de mémoire et de recueillement, où 50 000 personnes se rassemblent chaque année pour commémorer les victimes.

Le dôme menacé

Dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux hibakushas (terme japonais désignant les survivants du bombardement atomique) souhaitaient démolir le dôme de Genbaku, car il incarnait pour eux un souvenir traumatisant de l’attaque. Le bâtiment, laissé à l’abandon, se dégradait rapidement. En 1960, la mort d’une jeune fille de 16 ans, Hiroko Kajiyama, exposée aux radiations de la bombe alors qu’elle n’avait que quelques mois, relance le débat. Atteinte d’une leucémie aiguë, elle avait écrit dans son journal intime que le dôme devait être conservé pour « montrer au monde la réalité sinistre de cette bombe ». Ces mots inspirent un mouvement citoyen en faveur de sa préservation.

La mobilisation citoyenne

En 1966, sous la pression des habitants et des associations, la mairie de Hiroshima décide de préserver le dôme de Genbaku. Shizuko Abe, une hibakusha de 99 ans ayant participé au mouvement, explique que beaucoup partageaient l’idée que, même après leur disparition, le bâtiment continuerait de témoigner des horreurs de la bombe atomique. Ce choix reflète une volonté de transmettre la mémoire des victimes aux générations futures. Le dôme devient alors un symbole universel contre l’arme nucléaire, bien au-delà des frontières japonaises.

Ce que ça pourrait changer

En 1996, le dôme de Genbaku est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, une décision qui n’était pas acquise. Les États-Unis, dont l’avion avait largué la bombe, s’y opposaient initialement. Joji Hisaeda, un diplomate japonais et fils de *hibakusha*, a joué un rôle clé en plaidant personnellement auprès de l’administration Clinton. Il a souligné que cette inscription pourrait peser sur l’alliance nippo-américaine, mais la pression japonaise a finalement conduit les États-Unis à céder. Cette reconnaissance internationale consacre le dôme comme un monument de paix et un avertissement contre la prolifération nucléaire.

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