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Le Canada peut tirer profit de la guerre commerciale, estiment des experts

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

Les nouveaux tarifs douaniers imposés par Donald Trump mettent à rude épreuve l'unité canadienne..

Contexte de la guerre commerciale

Depuis le 22 août 2026, les États-Unis imposent des droits de douane de 50% sur 27,6 milliards de dollars de marchandises canadiennes, en vertu de l’article 338 de la Loi américaine sur les tarifs datant des années 1930. Cet article permet au président américain de cibler sélectivement certaines provinces canadiennes, créant des disparités régionales. Les secteurs les plus touchés sont l’automobile, l’acier, l’aluminium, les produits forestiers, l’alcool et les produits laitiers. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie politique visant à diviser le Canada pour affaiblir sa position lors de futures négociations commerciales avec Washington. Les États-Unis ont justifié ces tarifs par des désaccords commerciaux, bien que les experts soulignent leur dimension politique.

Réponse canadienne aux tarifs

En réponse, le Canada a imposé des contre-tarifs sur des produits américains, applicables à partir du 8 septembre 2026. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a précisé que ces mesures visent à protéger les travailleurs et les marchés canadiens, tout en exerçant une pression politique sur l’administration Trump. Les contre-mesures ciblent des États américains spécifiques pour maximiser l’impact. Par exemple, l’Ontario et le Québec, fortement dépendants des exportations vers les États-Unis, sont les plus exposés. Le gouvernement libéral de Mark Carney a adopté une approche stratégique, privilégiant des mesures ciblées plutôt qu’une escalade totale, tout en laissant la porte ouverte à d’autres options si nécessaire.

Risque de division provinciale

La politologue Geneviève Tellier souligne que les tarifs américains risquent de diviser les provinces canadiennes, affaiblissant leur front commun. Les provinces les plus touchées sont la Colombie-Britannique, le Québec et l’Ontario, tandis que les Prairies et les provinces de l’Atlantique sont relativement épargnées grâce à des exemptions sur les matières premières comme le pétrole et le gaz. Cette disparité pourrait exacerber les tensions entre régions, notamment entre l’Alberta, qui prône l’apaisement diplomatique, et l’Ontario, qui adopte une posture combative. Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a même évoqué l’idée d’utiliser les exportations énergétiques comme levier de négociation, une mesure jugée risquée par les experts.

Diversification des marchés

Pour limiter les impacts de la guerre commerciale, le Canada pourrait tirer profit de la diversification de ses marchés. Geneviève Tellier souligne que le pays exporte déjà quatre fois plus d’aluminium vers l’Union européenne en 2026 qu’en 2025, illustrant le potentiel de nouveaux débouchés. Plutôt que de couper les exportations énergétiques vers les États-Unis, une mesure jugée contre-productive, le Canada pourrait renforcer ses partenariats avec d’autres régions du monde. Cette stratégie permettrait de réduire la dépendance aux États-Unis, tout en atténuant les effets des tarifs américains. L’objectif est de transformer la crise en opportunité en développant de nouveaux secteurs porteurs.

Réduction des barrières internes

Une autre solution envisagée par le Canada est de réduire les barrières commerciales entre provinces, un enjeu souvent négligé. Valérie Lapointe, directrice associée du Centre d’excellence sur la fédération canadienne, explique que cette mesure pourrait atténuer les effets des tarifs américains en élargissant le marché intérieur. Cependant, des obstacles persistent, notamment en raison de différences linguistiques, environnementales ou liées aux droits des communautés autochtones. Le gouvernement fédéral, représenté par le ministre des Finances François-Philippe Champagne, mise sur cette approche pour stimuler l’économie et générer jusqu’à 200 milliards de dollars supplémentaires dans le produit intérieur brut (PIB) canadien. Une tournée de Mélanie Joly dans plusieurs provinces vise à renforcer la coopération interprovinciale face à la crise.

Ce que ça pourrait changer

Le Canada adopte une approche à la fois défensive et offensive face à la guerre commerciale. Sur le plan défensif, Ottawa cherche à protéger ses secteurs clés en imposant des contre-tarifs et en explorant des alternatives énergétiques. Sur le plan offensif, le gouvernement mise sur la diversification des marchés et la réduction des barrières internes pour renforcer l’économie nationale. Mark Carney a indiqué que toutes les options sont sur la table, mais privilégie des mesures stratégiques et positives. La tournée de Mélanie Joly dans les provinces vise à unifier le front canadien, tout en respectant les réalités régionales. L’objectif final est de sortir renforcé de cette crise, en transformant les défis en opportunités pour l’économie canadienne.

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