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Environnement

«Tout est grillé, plus rien ne pousse» : face à une sécheresse sans précédent

Vert.eco · mis à jour il y a 14 j

Partout en France, les prairies sont grillées à cause de la chaleur et du manque d’eau. Les troupeaux ne peuvent plus pâturer et les éleveur·ses doivent déjà puiser dans leurs réserves d’hiver pour les nourrir..

Sécheresse historique

En 2026, la France fait face à une sécheresse exceptionnelle, combinée à des canicules répétées, qui a des conséquences dramatiques sur les prairies et les cultures fourragères. Au 10 août, la pousse des prairies permanentes était inférieure d’un tiers à la moyenne des trente dernières années, selon les données de l’Agreste, le service statistique du ministère de l’agriculture. Les températures ont atteint des records, avec une moyenne de 30°C sur la journée, un niveau jamais enregistré auparavant en France. Les précipitations ont été quasi inexistantes depuis juin, avec seulement 40 millimètres de pluie tombés début juin dans certaines régions comme la Haute-Saône, où se situe la ferme d’Anthony Cocagne. Cette situation est qualifiée de phénomène historique par les fédérations d’éleveurs de ruminants (bovins, ovins, caprins), qui alertent sur l’impact dévastateur de ces conditions climatiques sur les ressources en herbe et en eau.

Impact sur les éleveurs

Les éleveurs, comme Anthony Cocagne, propriétaire d’une ferme bio de 130 vaches laitières en Haute-Saône, subissent de plein fouet cette sécheresse. Les prairies, normalement vertes et riches en herbe, sont aujourd’hui grillées et jaunies, réduites à l’état de paillassons. Les troupeaux ne peuvent plus pâturer et sont confinés dans des étables, où ils sont nourris avec de l’herbe séchée et des céréales, habituellement réservées pour l’hiver. Les stocks de fourrage, qui devraient couvrir une année, s’amenuisent rapidement : chez Anthony Cocagne, les bottes de foin n’occupent plus que la moitié de son hangar. Les cultures fourragères, comme le maïs, sont également touchées : les rendements devraient chuter d’un tiers par rapport aux années précédentes. Les éleveurs craignent de ne pas avoir assez de réserves pour passer l’hiver, et certains, comme Fanny Métrat, éleveuse de brebis dans les Cévennes ardéchoises, voient leurs collègues redescendre des estives (zones de pâturage en montagne) dès l’été, faute d’herbe suffisante.

Réactions des syndicats

Face à cette crise, les syndicats agricoles réagissent différemment. La FNSEA, syndicat majoritaire, a appelé à des mesures urgentes et évoqué des pertes estimées à plus d’un milliard d’euros pour l’élevage. Son président, Arnaud Rousseau, a demandé au gouvernement de mobiliser l’armée pour transporter du fourrage et de développer le stockage d’eau, en s’inspirant de la sécheresse de 1976. La Coordination rurale, deuxième syndicat, exhorte à contourner les interdictions d’irrigation pour sauver les cultures restantes. À l’inverse, la Confédération paysanne, proche de la gauche et des écologistes, prône des solutions durables comme l’agroécologie, la diversification des fourrages ou le développement de races animales plus résistantes. Elle critique également l’utilisation de cultures fourragères pour les méthaniseurs, qui produisent du gaz, en période de crise alimentaire.

Mesures gouvernementales

Le gouvernement a réagi en autorisant la fauche et le pâturage des jachères, ces parcelles de végétation favorables à la biodiversité mais normalement protégées pour obtenir des aides européennes. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a annoncé un vaste plan d’aides pour l’agriculture, incluant l’élevage et le maraîchage, dont les détails doivent être précisés fin août. En attendant, des initiatives de solidarité se multiplient, comme des convois de foin ou des bourses d’échanges entre agriculteurs. Pour les éleveurs bio, comme Anthony Cocagne, la situation est encore plus complexe, car leur fourrage doit également être cultivé en agriculture biologique. Une dérogation exceptionnelle permet cependant d’acheter du foin conventionnel, mais cette solution reste temporaire et coûteuse.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’urgence, les éleveurs s’organisent pour sécuriser leurs stocks. Anthony Cocagne a réussi à acheter 50 tonnes de céréales et 80 tonnes de foin à des fermes voisines, anticipant ainsi une pénurie future. D’autres, comme Fanny Métrat, appellent à prioriser l’eau pour les troupeaux et les cultures vivrières, plutôt que pour des cultures d’exportation ou des méthaniseurs. Les acteurs du secteur espèrent que cette sécheresse restera un épisode isolé et que les pluies reviendront rapidement pour permettre une repousse des prairies. Comme le souligne Anthony Cocagne, *il ne faudra pas une deuxième année comme celle-là* pour éviter un effondrement économique et écologique du secteur.

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