Un oui qui ressemble à un non
Modifier le mode de scrutin dans le contexte actuel rendrait pratiquement impossible la tenue d’un référendum..
Depuis 50 ans, la réforme du mode de scrutin au Québec est un dossier qui résiste à tous les gouvernements. Tous les ministres chargés de cette mission, comme Robert Burns ou Sonia LeBel, ont échoué à faire adopter une modification du système électoral. Ce dernier attribue les sièges de députés de manière inégale par rapport aux votes obtenus. Par exemple, lors des dernières élections, la Coalition avenir Québec (CAQ) a obtenu 13 % des voix mais aucun siège, tandis que Québec solidaire (QS) a fait élire 9 députés avec 12 % des suffrages. Ce système, appelé scrutin majoritaire uninominal à un tour, favorise les grands partis et pénalise les petits. Pourtant, malgré ces échecs répétés, chaque nouveau gouvernement relance le projet, espérant que cette fois sera la bonne.
Lors du dernier débat des chefs, le 23 septembre 2025, Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois (PQ), s’est engagé sans hésitation à réformer le mode de scrutin en intégrant une composante de proportionnalité pour les prochaines élections. Cette promesse figurait aussi dans la plateforme électorale du PQ, qui promettait de «mener à terme» cette réforme. Pourtant, six jours plus tard, lors d’une entrevue, il a nuancé son propos. Son «oui» initial est devenu un «peut-être», évoquant des contraintes organisationnelles, comme la capacité limitée du salon Bleu de l’Assemblée nationale, qui ne pourrait accueillir que 129 députés au lieu de 127 avec la réforme. Il a aussi souligné que le projet dépendrait de l’appui des autres partis, qu’il ne contrôle pas.
La réforme du mode de scrutin soulève une question centrale : les partis ont-ils intérêt à changer les règles du jeu ? Historiquement, les députés, qu’ils soient péquistes ou libéraux, s’opposent à cette réforme, car elle menace leur position. Par exemple, avec un système proportionnel, le PQ aurait obtenu seulement 48 sièges au lieu de 59 lors des dernières élections, avec 28 % des voix. Une représentation aussi faible rendrait difficile l’adoption d’un référendum sur l’indépendance du Québec, une priorité historique pour le parti. Bernard Landry, ancien premier ministre péquiste, avait déjà admis en 2003 que le système actuel favorisait le PQ, tant que le Québec n’était pas indépendant. Aujourd’hui, cette logique semble toujours valable.
La réforme du mode de scrutin est un sujet qui laisse la majorité de la population indifférente, voire méfiante. Pourtant, elle est régulièrement remise à l’ordre du jour après chaque élection, en raison des distorsions flagrantes entre les voix et les sièges. Les partis politiques, comme le Parti libéral du Québec (PLQ), ont longtemps ignoré ce dossier, le considérant comme un sujet technique et peu mobilisateur. Cependant, les résultats électoraux récents, où des partis comme la CAQ ou QS sont sous-représentés, pourraient relancer le débat. Mais changer les règles en cours de partie comporte des risques, notamment pour les partis au pouvoir, qui pourraient perdre leur avantage électoral.
François Legault, premier ministre du Québec depuis 2018, avait promis en campagne électorale d’instaurer une réforme du mode de scrutin avec une *formule proportionnelle et compensation régionale*. Selon ses propres calculs, cette réforme aurait valu 14 sièges supplémentaires à la CAQ, qui en a finalement obtenu aucun malgré 13 % des voix. Pourtant, malgré un projet de loi déposé et des audiences publiques, le gouvernement Legault n’a jamais fait adopter cette réforme. Comme ses prédécesseurs, il a finalement reculé, illustrant l’impossibilité politique de changer un système qui avantage les partis au pouvoir.

