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Généraliste

Jadis, les écureuils noirs étaient plus abondants à Montréal

Le Devoir · mis à jour il y a 22 j

Le déboisement et l’augmentation des températures en milieu urbain ont contribué à leur déclin..

Espèce et variations

Les écureuils de Montréal appartiennent principalement à l’espèce des écureuils gris de l’Est (Sciurus carolinensis), reconnaissable à sa fourrure grise. Cependant, certains individus présentent un pelage noir, dû à une variante génétique du gène MC1R, responsable de la production de mélanine, le pigment qui donne sa couleur au pelage. Ce gène existe sous plusieurs formes : une version produit beaucoup de mélanine, donnant un écureuil noir, une autre en produit peu, résultant en un écureuil gris, et une troisième donne un pelage intermédiaire brunâtre. Ces différences ne suffisent pas à créer des sous-espèces distinctes, car elles relèvent simplement de variations de couleur au sein d’une même population, comme les cheveux roux ou blonds chez les humains.

Répartition historique

Autrefois, les écureuils noirs étaient bien plus nombreux à Montréal que aujourd’hui. Leur déclin s’explique par deux facteurs principaux : le déboisement massif de l’île et l’augmentation des températures en milieu urbain. Ces changements ont favorisé les écureuils gris, mieux adaptés aux environnements chauds et moins boisés. À l’inverse, sur la rive nord du Saint-Laurent, où les températures restent fraîches et les forêts denses, les écureuils noirs dominent toujours. Cette répartition s’observe aussi sur la rive ouest de Montréal, où les surfaces boisées sont plus importantes qu’ailleurs sur l’île, même si les températures y sont légèrement plus élevées.

Adaptation et pelage

Le pelage noir des écureuils leur permet d’absorber davantage de chaleur, un avantage dans les milieux frais et ombragés. Les écureuils noirs sont ainsi mieux adaptés aux zones forestières denses et aux températures basses, car leur fourrure foncée capte les rayons du soleil et maintient leur corps au chaud. À l’inverse, les écureuils gris, avec leur pelage clair, réfléchissent mieux la lumière et évitent la surchauffe dans les milieux ensoleillés ou urbains. Cette adaptation explique pourquoi leur proportion varie selon les environnements.

Barrières géographiques

Les cours d’eau, comme le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Mille Îles, agissent comme des barrières naturelles limitant la dispersion des écureuils noirs. Même si des zones favorables existent sur l’île de Montréal, à Laval ou sur la rive sud, ces écureuils peinent à traverser ces obstacles pour coloniser de nouveaux territoires. Par exemple, sur la rive sud de Montréal, les observations d’écureuils noirs sont quasi inexistantes, probablement en raison de l’urbanisation intense et de l’éloignement des zones boisées de la rive nord, où ils sont plus abondants.

Étude et méthodologie

L’étude a été menée par Francis Quang-Hai Dinh, alors étudiant en biologie à l’Université McGill, qui a sillonné la région métropolitaine à vélo pour recenser les écureuils. Il a parcouru des zones allant de Terrebonne à Mirabel, en passant par Kahnawake, et a croisé ses observations avec des données environnementales fournies par les gouvernements et des plateformes de science citoyenne. Cette approche a permis d’analyser la répartition des écureuils noirs et gris en fonction des températures et du couvert forestier, révélant des tendances claires sur leur adaptation.

Ce que ça pourrait changer

Les changements observés dans la proportion d’écureuils noirs à Montréal illustrent un phénomène d’évolution à court terme. Bien que l’évolution soit souvent perçue comme un processus lent, la modification de la fréquence d’un gène (*MC1R*) dans une population en réponse à des pressions environnementales en est un exemple concret. Les écureuils noirs, avantagés dans les milieux frais, voient leur proportion diminuer lorsque ces conditions disparaissent, tandis que les écureuils gris, mieux adaptés aux villes, deviennent dominants. Ce cas montre comment l’environnement peut influencer rapidement la génétique d’une espèce.

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