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Culture

Rose-Marie Lagrave, sociologue, transfuge, femme 2/5 : Pauvres mais dignes

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 16 j

Rose-Marie Lagrave grandit dans une pauvreté que ses parents s’efforcent de dissimuler. Entre rigueur catholique, autorité paternelle et solidarité entre frères et sœurs, elle raconte une enfance marquée par la peur, la maladie et l’angoisse du manque..

Enfance pauvre

Rose-Marie Lagrave, née en 1944, a grandi dans une famille de onze enfants marquée par une pauvreté profonde. Son père, traducteur d'espagnol dans une compagnie d'assurances, perd son emploi après avoir contracté la tuberculose à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La famille, initialement installée en région parisienne, se retrouve contrainte de déménager en Normandie dans une maison délabrée. Malgré cette précarité, les parents de Rose-Marie Lagrave insistent sur une éducation rigoureuse et une respectabilité sociale, incarnée par la devise familiale Pauvre mais digne. Cette contradiction entre la pauvreté matérielle et la volonté de préserver les apparences a profondément marqué son enfance, où la peur du manque et la maladie (notamment celle de son père) étaient des réalités quotidiennes.

Éducation stricte

Dans cette famille catholique rigoriste, l'éducation de Rose-Marie Lagrave est marquée par une discipline implacable. Son père, bien que cultivé et transmettant un goût pour la littérature classique, impose un cadre strict fait d'interdictions, de brimades et de corvées. Cette éducation autoritaire vise à maintenir une apparence de respectabilité malgré la précarité. Rose-Marie Lagrave décrit cette période comme constamment malheureuse, mais souligne aussi le rôle protecteur de ses frères et sœurs, qui ont contribué à atténuer les difficultés. Cette enfance difficile a forgé sa résilience, tout en laissant des traces durables sur son rapport à l'autorité et à la culture.

Frère autiste

Parmi ses onze frères et sœurs, Rose-Marie Lagrave évoque particulièrement son frère aîné Claude, atteint d'autisme. Sa disparition a marqué un tournant dans sa vie, qu'elle décrit comme la fin de la famille. Cette perte a eu un impact émotionnel profond et symbolise pour elle la rupture avec son passé. Contrairement à ses autres frères et sœurs, Rose-Marie Lagrave est la seule à avoir réussi une ascension sociale significative, devenant sociologue et directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Aucun de ses frères et sœurs n'a reproduit le modèle familial de famille nombreuse, illustrant ainsi les trajectoires divergentes au sein d'une même fratrie.

Transfuge de classe

Rose-Marie Lagrave incarne le concept de transfuge de classe, c'est-à-dire une personne qui passe d'une classe sociale défavorisée à une classe sociale plus aisée. Dans son cas, cette ascension sociale s'est accompagnée d'une reconversion professionnelle : après une enfance marquée par la pauvreté, elle devient sociologue spécialisée dans les questions de genre et directrice d'études à l'EHESS. Son parcours est documenté dans plusieurs ouvrages, dont Se ressaisir. Enquête autobiographique d'une transfuge de classe féministe (La Découverte, 2021), où elle analyse les mécanismes de cette mobilité sociale. Ce concept, central dans ses travaux, interroge les obstacles et les opportunités qui jalonnent une telle trajectoire.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les difficultés de son enfance, Rose-Marie Lagrave conserve un attachement à sa famille et à ses origines. Ses parents, bien que pauvres, ont transmis à leurs enfants une culture et un goût pour la littérature, notamment à travers son père, traducteur d'espagnol. Cette transmission culturelle a joué un rôle clé dans sa capacité à s'élever socialement. Cependant, son parcours de transfuge de classe l'a aussi éloignée des modèles traditionnels de sa famille, où la pauvreté et la maladie étaient des réalités partagées. Aujourd'hui, elle utilise son expérience pour éclairer les dynamiques sociales et les inégalités, tout en gardant une forme de nostalgie pour cette enfance à la fois difficile et riche en solidarité.

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