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Environnement

« Irresponsable et cynique » : le Canada brûle, son Premier ministre mise sur le pétrole

Reporterre · mis à jour il y a 21 j

Alors qu'une centaine d'incendies sont en cours dans l'ouest du Canada, le Premier ministre, Mark Carney, n'a jamais semblé aussi désintéressé par la question climatique. Au contraire, il pousse pour extraire toujours plus de pétrole.

Canada en état d'urgence

En août 2026, la Colombie-Britannique, une province de l’ouest du Canada, est en état d’urgence en raison d’une centaine d’incendies ravageant plus de 150 km² de forêt, soit une superficie équivalente à trois fois celle de Lyon. Ces mégafeux, particulièrement intenses dans les forêts de conifères, ont déjà causé la mort d’une octogénaire et forcé des milliers de Canadiens à fuir leurs domiciles. Les pompiers, submergés, reçoivent le soutien de l’armée. Ce phénomène n’est pas isolé : en juillet 2026, des adolescents de la Première Nation de Collins, en Ontario, ont dû fuir en bateau devant des colonnes de feu. Ces incendies, de plus en plus fréquents chaque été, illustrent l’aggravation des conséquences du changement climatique au Canada.

Carney en vacances

Pendant que le Canada affronte ces catastrophes, le Premier ministre Mark Carney, chef du gouvernement, est en vacances en Italie. Cette situation crée un contraste saisissant, d’autant que Carney, ancien envoyé spécial de l’ONU pour le financement de l’action climatique, a récemment réduit les politiques environnementales mises en place par son prédécesseur Justin Trudeau (2015-2025). Dès son arrivée au pouvoir en mars 2025, il a supprimé la taxe carbone (une prime payée par certains Canadiens à la pompe pour encourager l’achat de véhicules moins polluants), annulé l’obligation pour les constructeurs automobiles de produire 100 % de voitures électriques d’ici 2035, et signé un accord avec l’Alberta pour construire un nouvel oléoduc visant à augmenter les exportations de pétrole canadien.

Critiques contre le gouvernement

Les décisions de Mark Carney sont vivement critiquées par des experts et des associations environnementales. L’Institut climatique du Canada estime que le gouvernement n’a plus de plan crédible pour atteindre la neutralité carbone (un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre produites et celles absorbées par la nature) d’ici 2050. Des associations, comme Environmental Defence Canada, ont même porté plainte contre Ottawa, accusant le gouvernement de violer la loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité. Julia Levin, de cette ONG, a qualifié cette politique de « manière de gouverner profondément irresponsable et cynique ». Ces critiques soulignent aussi la proximité croissante entre le gouvernement et l’industrie pétrolière, quatrième producteur mondial de brut.

Lobbying pétrolier intense

Entre mai 2025 et avril 2026, le ministre canadien des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a rencontré des représentants du lobby des énergies fossiles à 83 reprises, soit quatre fois plus que la ministre la plus sollicitée en 2024. Cette situation contraste avec l’annulation fréquente de réunions avec des experts du climat. Par exemple, deux membres fondateurs d’un comité fédéral sur la neutralité carbone ont démissionné, jugeant leur travail ignoré. Le site The Narwhal révèle que ces annulations sont devenues récurrentes, reflétant un désengagement des autorités envers les acteurs climatiques.

Justification du virage énergétique

Mark Carney assume ce virage politique. Dans une vidéo publiée le 30 juin 2026, il reconnaît que ses décisions entraîneront une hausse des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux prévisions du gouvernement précédent. Il critique le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques de Justin Trudeau, qu’il juge « source de divisions » et « trop coûteux pour les Canadiens ». Pour Carney, la sécurité énergétique est devenue une priorité face aux perturbations du trafic pétrolier mondial, notamment dans le détroit d’Ormuz. Il affirme que le pétrole canadien, grâce à des projets de captage de carbone (technologie visant à stocker le CO₂ dans le sous-sol), pourrait devenir un modèle « à faibles émissions ». Cependant, ses détracteurs qualifient cette approche de « bluff technologique ».

Ce que ça pourrait changer

Maya Jegen, professeure en science politique à l’université du Québec à Montréal, analyse la stratégie de Mark Carney comme un choix pragmatique. Selon elle, le Premier ministre a pris acte du recul de l’attention du public pour la question climatique et de la priorité accordée à d’autres enjeux, comme les tensions avec les États-Unis sous Donald Trump ou les conflits au Moyen-Orient. Bien que Carney soit reconnu pour sa sensibilité aux risques climatiques, ses actions actuelles reflètent une politique axée sur le court terme, privilégiant les hydrocarbures pour traverser les crises immédiates. Ce choix, bien que controversé, s’inscrit dans une logique où l’économie et la stabilité énergétique priment sur les objectifs climatiques à long terme.

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