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Le prix du bœuf explose aux États-Unis et le pire pourrait être à venir

The Conversation France · mis à jour il y a 13 j

Le bœuf consommé aux États-Unis dépend largement des échanges avec le Canada et le Mexique. Mike Newbry/Unsplash , CC BY Le marché nord-américain du bœuf fonctionne comme un seul et même écosystème : les bovins traversent plusieurs fois les frontières avant d’arriver dans les assiettes.

Crise sanitaire dans les élevages

Un parasite appelé lucilie bouchère (un insecte dont les larves se développent dans les tissus des animaux vivants) a frappé les élevages bovins au Mexique avant de se propager aux États-Unis. Ce parasite, détecté dans le sud du Texas et au Nouveau-Mexique en 2026, a causé une mortalité élevée parmi les bovins et une baisse drastique des naissances. La situation est aggravée par une sécheresse persistante qui a réduit le cheptel américain à son plus bas niveau depuis les années 1950, avec environ 32 millions de bovins abattus en 2024. La propagation de la lucilie bouchère a entraîné une chute de plus de 80 % des importations de jeunes bovins en provenance du Mexique, et le Canada a interdit les importations de bovins vivants en provenance des régions touchées. Ces perturbations sanitaires limitent l'offre de viande bovine et contribuent à la hausse des prix.

Accord commercial en danger

L'Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC, ou USMCA en anglais), signé en 2020 pour remplacer l'ancien Accord de libre-échange nord-américain (Alena), est actuellement menacé. Cet accord, qui doit être réexaminé tous les six ans, pourrait ne pas être reconduit pour seize années supplémentaires. Les négociations entre les États-Unis et le Mexique, menées sans le Canada, portent sur des sujets sensibles comme l'agriculture et le bœuf. Donald Trump, président des États-Unis, a évoqué la possibilité de se retirer totalement de l'accord, ce qui créerait une incertitude majeure pour le marché nord-américain du bœuf. En 2025, le Mexique était le troisième marché d'exportation du bœuf américain (1,3 milliard de dollars) et le Canada le quatrième (874 millions de dollars), tandis que ces deux pays fournissaient plus de 5 milliards de dollars de viande bovine aux États-Unis.

Marché nord-américain intégré

Le marché du bœuf en Amérique du Nord fonctionne comme un écosystème unique où les bovins et la viande circulent librement entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Grâce aux accords commerciaux de 1994 et 2020, les droits de douane sont faibles et les réglementations harmonisées, ce qui facilite les échanges. Par exemple, les États-Unis importent du Mexique des jeunes bovins pour l'engraissement et du Canada des animaux prêts à être abattus. En retour, les États-Unis exportent de la viande bovine et des bovins vers le Mexique. En 2024, les États-Unis ont importé environ 2,1 millions de bovins du Canada et du Mexique, pour une valeur de plus de 3 milliards de dollars. Cette intégration permet de stabiliser l'offre et de limiter les fluctuations des prix, mais elle est aujourd'hui fragilisée par la crise sanitaire et les tensions commerciales.

Conséquences économiques possibles

Un retrait des États-Unis de l'AEUMC aurait des répercussions majeures sur le secteur du bœuf. Le Canada et le Mexique pourraient imposer des droits de douane ou des barrières non tarifaires (comme des contrôles plus stricts ou des quotas), ce qui ralentirait les échanges. Les éleveurs et industriels américains craignent une baisse des importations de bovins, un resserrement de l'offre et une nouvelle hausse des prix. Certains comparent cette situation à celle du soja, dont les exportations américaines ont chuté lorsque la Chine a réduit ses achats. Les organisations agricoles américaines, qui soutiennent politiquement Donald Trump, font pression pour maintenir l'accord. En cas d'échec des négociations, le secteur du bœuf pourrait subir des perturbations similaires à celles de 2025, lorsque les importations de bovins vivants ont chuté de plus de 50 %.

Ce que ça pourrait changer

Les Américains subissent déjà une hausse des prix du bœuf, avec une augmentation de plus de 20 % du prix du bœuf haché depuis janvier 2025. Cette tendance s'explique par la combinaison de la crise sanitaire dans les élevages, de la sécheresse et des tensions commerciales. Les consommateurs pourraient être encore plus affectés si les négociations commerciales échouent, car les perturbations de l'offre et les barrières commerciales feraient grimper les prix. Les éleveurs américains s'inquiètent déjà de cette situation, qui rappelle les difficultés rencontrées par les producteurs de soja après la perte d'un marché d'exportation essentiel. La hausse des prix du bœuf s'ajoute à une inflation déjà élevée, pesant sur le pouvoir d'achat des ménages.

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